Le prix silencieux du divorce pour beaucoup de mères au Maroc
Au Maroc, la majorité des femmes divorcées qui élèvent seules leurs enfants ne reçoit ni pension ni aide matérielle de l’ex-conjoint. Le dernier rapport du HCP met en avant une réalité sociale lourde, souvent compensée par la famille élargie.
Au Maroc, le divorce ne met pas seulement fin à une vie conjugale. Pour de nombreuses femmes, il ouvre aussi une période de grande fragilité financière, surtout lorsqu’elles se retrouvent seules avec des enfants à charge. Selon les premiers résultats de l’Enquête nationale sur la famille 2025, huit femmes divorcées monoparentales sur dix déclarent ne recevoir ni pension alimentaire ni autre forme d’aide matérielle de leur ex-conjoint.
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Le chiffre est encore plus frappant en milieu rural. Dans les campagnes, 89,3 % des femmes divorcées concernées ne bénéficient d’aucun soutien de leur ex-mari, contre 78 % en milieu urbain. À l’échelle nationale, seules 14 % perçoivent une pension, tandis que 3,9 % reçoivent à la fois une pension et une autre forme d’assistance matérielle.
Cette absence d’aide pèse directement sur les enfants. Le rapport souligne que les aides reçues, lorsqu’elles existent, servent d’abord à couvrir les besoins les plus essentiels : la scolarité arrive en tête avec 35,4 %, suivie de l’alimentation avec 26,2 %, puis du logement avec 18,7 % et de l’habillement avec 13,3 %. Les dépenses de santé ne représentent que 6,4 % des usages déclarés.
Le HCP relève aussi que la pension alimentaire est très souvent jugée insuffisante. Plus de deux tiers des femmes divorcées estiment que la pension qui leur est destinée ne couvre pas leurs besoins, et 83,5 % considèrent que les pensions allouées aux enfants sont insuffisantes. Chez les femmes vivant dans des ménages monoparentaux, ce sentiment d’insuffisance atteint 94,4 %.
Face à ce manque de soutien financier, la famille élargie joue un rôle d’amortisseur social. Après le divorce, une majorité de femmes divorcées cohabitent avec leurs proches, tandis que l’autonomie résidentielle reste limitée. Le rapport note que 73,9 % des femmes divorcées vivent avec des parents proches, signe que la solidarité familiale continue souvent de remplacer les mécanismes formels de soutien.
Cette situation s’ajoute à une autre réalité : la garde des enfants revient majoritairement aux femmes. Après un divorce, près de six femmes sur dix s’occupent exclusivement de leurs enfants, et près d’un tiers sont aidées par leur famille. Chez les hommes divorcés, la garde concerne beaucoup moins de cas.
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Derrière les chiffres, le rapport dessine donc le portrait de femmes qui doivent souvent assumer seules la charge financière, éducative et quotidienne des enfants. Une réalité qui confirme que, malgré les évolutions de la famille marocaine, la rupture conjugale reste encore beaucoup plus lourde à porter pour les mères seules.