Maroc : plus de droits pour les mères divorcées ?

- 08h20 - Maroc - Ecrit par : P. A

Au Maroc, la mère divorcée, qui obtient généralement la garde de l’enfant, n’en a pas la tutelle qui revient de droit au père. Les défenseurs des droits des femmes appellent à une réforme du Code de la famille pour corriger ce qu’ils qualifient d’injustice.

« Je voulais inscrire mon fils dans une école plus proche de mon domicile, mais son père s’y est opposé », dénonce Ilham au journal Le Monde. L’ex-mari de Dounia, lui, ne lui a pas accordé l’autorisation pour qu’elle ouvre un compte bancaire au nom de leur fille. Nadia, elle, n’a pas pu emmener ses deux enfants en vacances en France parce que son ex-mari s’y est opposé. C’est le calvaire que vivent les femmes divorcées, incapables de mener de simples démarches administratives pour leurs enfants sans l’accord de leur père.

À lire : Maroc : les femmes divorcées appellent à la levée de la tutelle du père

Au Maroc, le père divorcé « reste le seul représentant légal des enfants », même si « la garde est presque toujours confiée à la mère », explique Zahia Ammoumou, avocate et consultante juridique de l’association Tahadi pour l’égalité et la citoyenneté, précisant que « la tutelle revient automatiquement au père, sauf s’il disparaît ou est inapte ». Pourtant, l’égalité entre l’homme et la femme est consacrée par la Constitution marocaine de 2011.

À lire : Maroc : la réforme du Code de la famille fait toujours jaser

Même si la réforme du Code de la famille (Moudawana) de 2004 a accordé aux femmes le droit de demander le divorce, ce qui était considéré comme « une avancée considérable », elle n’a pas pris en compte l’après-divorce, déplore Khadija El Amrani, avocate et membre d’un collectif engagé pour la défense des libertés fondamentales. « La mère éduque, prend en charge, mais n’a aucun droit sur l’enfant », critique-t-elle. « Il y a une réelle détresse chez les mères divorcées », note pour sa part l’avocat Youssef Fassi-Fihri, insistant sur « l’urgence de revoir en profondeur le Code de la famille ».

À lire : Maroc : des personnalités appellent à un Code de la famille plus égalitaire

Le militant dénonce aussi la « moyenne nationale de 400 dirhams par mois et par enfant [soit 36 euros] » pour la pension alimentaire, et l’indemnité de 100 dirhams environ versée en contrepartie de la garde. « Que peut faire une mère avec ces sommes censées lui permettre de nourrir son enfant, le vêtir, le scolariser ? C’est révoltant », lâche-t-il, estimant par ailleurs « dérisoires » les frais de logement à la charge du père (entre 300 et 3 000 dirhams). Nabil Benabdellah, secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme (PPS), a annoncé des propositions pour permettre à la mère « d’obtenir la tutelle sans conditions et que la garde de l’enfant ne lui soit plus enlevée si elle se remarie ».

  • Maroc : les femmes divorcées réclament des droits

    Au Maroc, les appels à la réforme du Code de la famille (Moudawana) continuent. Une association milite pour que la tutelle légale des enfants, qui actuellement revient de droit au père, soit également accordée aux femmes en cas de divorce.

  • Maroc : les femmes divorcées appellent à la levée de la tutelle du père

    Avant l'établissement de tout document administratif pour leurs enfants, y compris la carte d'identité nationale, les femmes divorcées au Maroc doivent avoir l'autorisation du père. Elles appellent à la levée de cette exigence dans la réforme du Code de la famille.

  • Passeport pour les enfants : les Marocaines n'ont plus besoin de l'autorisation du père

    Le ministère de l'Intérieur lève l'obligation pour la mère (femme marocaine) de solliciter l'autorisation du père pour l'obtention ou le renouvellement du passeport marocain au profit des enfants mineurs. Une nouvelle mesure instaurée dans les consulats du Maroc à New-York (États-Unis) et à Madrid (Espagne).

  • Maroc : la réforme du Code de la famille fait toujours jaser

    La réforme du Code de la famille a du mal à passer au Maroc. Face aux conservateurs et chefs religieux, le gouvernement n'arrive pas encore à trouver la bonne formule pour mettre fin aux discriminations envers les femmes en matière de succession, à la polygamie, au mariage des enfants, etc.

  • Maroc : des changements majeurs pour les MRE en matière de droit de la famille

    Le Maroc a décidé d'alléger considérablement les procédures administratives en matière du Droit de la famille, notamment le mariage, le divorce et l'état civil en faveur des Marocains résidant à l'étranger (MRE).

  • Vers une révolution des droits des femmes au Maroc ?

    Le gouvernement marocain s'apprête à modifier le Code de la famille ou Moudawana pour promouvoir une égalité entre l'homme et la femme et davantage garantir les droits des femmes et des enfants.

  • Code de la famille : « L'ultimatum » du roi Mohammed VI finit aujourd'hui

    Le Comité en charge de la réforme du Code de la famille au Maroc devrait déposer cette semaine son rapport au roi Mohammed VI. Les féministes espèrent entra autres la reconnaissance des droits des femmes en matière d'héritage, l'interdiction de la polygamie et du mariage des mineurs.

  • Un Français condamné à 30 ans de prison au Maroc

    L'auteur d'un double infanticide survenu en novembre 2022, un ressortissant français, a été condamné à une peine de 30 ans de prison par la cour d'appel de Marrakech. Ancien infirmier, l'homme était âgé de 72 ans.

  • Code de la famille : les féministes marocaines face à l'opposition de Benkirane

    Le secrétaire général du Parti justice et développement (PJD), Abdelilah Benkirane, a vivement critiqué le mouvement féministe qui milite pour l'égalité des sexes dans le cadre de la réforme du Code de la famille, estimant que son combat vise à détruire la société marocaine.

  • Un enfant marocain renvoyé en Suisse, sa mère conteste

    Alors qu'une mère de famille a obtenu en première instance et en appel le droit la garde de son fils, un jugement rendu par le tribunal de la famille de Marrakech a ordonné en juillet dernier le rapatriement de l'enfant de quatre ans et demi en Suisse, considérée comme le « lieu de résidence habituelle de l'enfant ». Cette décision fait polémique.