Au Maroc, aimer rester seul peut attirer les jugements

- 22h00 - Maroc - Ecrit par : Mohamed A.

Lire, dessiner ou boire un thé sans compagnie peut être un plaisir. Mais au Maroc, ce besoin de calme n’est pas toujours compris. Des témoignages recueillis dans une étude décrivent la pression ressentie par ceux qui aiment passer du temps seuls.

Le soir, une personne interrogée regarde un film ou dessine dans le silence. Ces moments lui permettent de reprendre des forces. « Je me sens comblé, pas vide », explique-t-elle. Pour d’autres, rester seul signifie pouvoir organiser son temps librement, sans conversation à entretenir ni attentes à satisfaire.

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Cette solitude choisie occupe une place dans le rapport de l’Annecy Behavioral Science Lab consacré au Maroc. Les chercheurs y analysent les entretiens de cinquante adultes, dans le cadre d’une recherche menée dans huit pays sur les relations sociales et la solitude.

Plusieurs participants racontent toutefois que leur goût du calme suscite des commentaires. Une personne explique que ceux qui préfèrent rester tranquilles sont parfois considérés comme étranges ou distants. Une autre regrette que le choix de passer du temps seul soit interprété comme un signe de tristesse ou de maladie.

Dans ces récits, être sociable devient aussi une manière de prouver que l’on est chaleureux, généreux ou attaché aux autres. Un participant décrit presque un « test de bonne conduite » : plus on entretient de relations, mieux on est perçu.

Être disponible, une preuve d’affection

Les attentes prennent des formes concrètes. Se rendre aux mariages, aux funérailles, au couscous du vendredi ; répondre lorsqu’un proche sollicite de l’aide. Une personne résume cette logique en quelques mots : « La présence, c’est l’amour. »

D’autres trouvent cette disponibilité difficile à tenir. Un participant estime que l’entourage attend parfois qu’on réponde présent sans prendre en compte ce que l’on traverse soi-même. Un autre raconte combien il est compliqué de poser des limites sans passer pour quelqu’un de froid ou d’arrogant.

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Les entretiens distinguent pourtant nettement le calme recherché de l’isolement douloureux. Certains participants souffrent de ne pas être compris au milieu des autres, tout en appréciant des moments sans compagnie. Une personne raconte ainsi trouver de la paix dans le silence et le plaisir de faire ce qu’elle souhaite.

Une autre décrit son thé matinal près de la fenêtre, au lever du soleil. La rue dort encore, les oiseaux commencent à s’agiter. Elle est entièrement seule et se sent parfaitement en paix.