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Un parfum de « guerre froide » entre le Maroc et l’Algérie

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14 janvier 2020 - 18h00 - Maroc

La situation délicate au Sahel et la guerre en Libye, facteur de la crise sécuritaire qui secoue le Maghreb, oblige le Maroc et l’Algérie à renforcer leurs dispositifs militaires. Déjà rangés dans une vieille guerre froide, ces deux pays se sont investis, ces dernières années, dans une course effrénée au réarmement.

Depuis quelques années, le réarmement impressionnant dont le Maroc et l’Algérie font montre est inquiétant. Avec la frégate, acquise en 2014, les 200 chars de combat M1A1 Abrams et les 1 200 missiles achetés en 2016, Rabat a fait sensation ces derniers mois en s’offrant 36 hélicoptères Apach, fait observer okdiario.com qui révèle que l’acquisition de ce matériel de guerre est motivée par la vieille « rivalité avec son voisin, l’Algérie, avec laquelle il maintient la frontière fermée depuis 20 ans. Alger est le principal soutien de l’indépendance sahraouie ».

Pour expliquer cette situation, il faut, selon Ana Torres-García, docteur en philologie arabe et professeur d’histoire du monde arabe à l’Université de Séville, retourner à l’indépendance de l’Algérie. « L’Algérie a pris une orientation socialiste et s’est alliée à l’Union soviétique. Cependant, le Maroc était l’antithèse, allié des États-Unis, et a une monarchie », rappelle le professeur qui relève que « ces différences et cette inimitié ont été maintenues au fil du temps ».

D’après le magazine Forbes, Washington a signé des contrats avec Rabat pour plus de 10 milliards de dollars, faisant du royaume alaouite, le pays d’Afrique du Nord qui s’est procuré le plus d’armes aux États-Unis. En effet, le royaume a profité de ses bonnes relations avec les États-Unis, pour s’offrir « des équipements modernes et de haut niveau pour faire face à sa rivalité historique avec l’Algérie », détaille Ana Torres-García. À tout cela, s’ajoute, selon César Pintado, professeur au Campus international de sécurité et de défense, le rétablissement, par le Maroc, du « service militaire obligatoire en avril pour les hommes et les femmes ».

Face à cette démonstration de force, l’Algérie a réagi en se procurant des chasseurs-bombardiers chez les Russes. Mais en réalité, explique le professeur Pintado, « bien qu’ils aient une très grande armée, les Algériens avaient un armement très dépassé ». Dans la foulée, pour se mettre au goût du jour, selon le journal londonien The Arab Weekly, le pays signe de nouveaux contrats avec Moscou et commande 14 bombardiers du modèle Su-34, 14 chasseurs du Su-35 et 14 autres appareils pour remplacer l’armement vieillissant. A cela s’ajoute la signature, pour l’achat de 14 « avions furtifs » du modèle Sukhoi Su-57, à la Russie.

Toutefois, malgré cette course effrénée au réarmement par les deux pays, « la rivalité entre le Maroc et l’Algérie ne s’intensifiera pas et n’explosera pas, tant que l’instabilité persistera dans la région », affirme Beatriz Gutiérrez, professeur de relations internationales à l’Université européenne de Madrid, qui sera d’ailleurs soutenue dans ses analyses par le professeur Torres-García.

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