Maroc-Algérie : le Sahara ne doit plus tout bloquer
Le différend sur le Sahara pourrait rester entier sans condamner toute coopération entre le Maroc et l’Algérie. Des chercheurs proposent de traiter séparément les dossiers de l’eau, de la santé, du climat ou des échanges universitaires.
Le désaccord sur le Sahara ne devrait plus automatiquement empêcher le Maroc et l’Algérie de travailler ensemble sur tous les autres sujets. C’est l’une des principales pistes avancées par Fadoua Ammari et Rida Lyammouri dans un rapport publié en juillet par le Policy Center for the New South.
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Les auteurs ne proposent ni de minimiser la place du Sahara dans la rivalité entre Rabat et Alger ni de contourner son traitement diplomatique et juridique. Ils invitent plutôt à cesser de subordonner l’intégralité de la relation bilatérale au règlement préalable de ce seul dossier.
Depuis plusieurs décennies, chaque nouvelle tension autour du Sahara se répercute sur les relations diplomatiques, les échanges économiques, la circulation des personnes et les possibilités de coopération régionale. Cette logique conduit à considérer qu’aucun rapprochement n’est possible tant qu’une solution définitive n’a pas été trouvée.
Le rapport juge cette attente paralysante. Le Sahara constitue le principal point de cristallisation du conflit, mais il ne résume pas à lui seul l’histoire de la rivalité maroco-algérienne, également nourrie par la guerre des Sables de 1963, la compétition régionale et des décennies de méfiance politique.
Coopérer sans renoncer sur le Sahara
Les deux pays pourraient donc maintenir leurs positions respectives sur le Sahara tout en ouvrant des espaces de coopération à faible coût politique. L’eau, le climat, la santé, la sécurité sanitaire et la gestion des catastrophes naturelles figurent parmi les secteurs proposés.
Rabat et Alger sont confrontés à plusieurs vulnérabilités comparables, notamment les sécheresses, les tensions hydriques, les incendies et les risques sanitaires. Des échanges techniques ou des mécanismes d’assistance ne nécessiteraient pas, dans un premier temps, une normalisation complète des relations diplomatiques.
Des passerelles pourraient également être rétablies entre les universités, les chercheurs, les acteurs économiques et les institutions culturelles des deux pays. L’objectif serait de rendre les contacts plus réguliers, alors qu’ils sont aujourd’hui devenus exceptionnels ou inexistants.
Une coordination limitée pourrait aussi être recherchée face à certains risques provenant du Sahel, lorsque ceux-ci affectent directement la stabilité des deux voisins. Le rapport évoque une coopération graduelle, encadrée et vérifiable, et non une réconciliation immédiate fondée sur de simples déclarations.
Cette séparation des dossiers permettrait d’éviter que chaque divergence sur le Sahara bloque automatiquement les discussions sur les questions familiales, humanitaires, économiques ou sécuritaires. Elle préserverait le caractère fondamental du différend tout en empêchant celui-ci de monopoliser la totalité de la relation.
Pour les auteurs, une reprise de la coopération ne réglerait pas mécaniquement les causes profondes de la rivalité. Elle pourrait cependant rétablir une prévisibilité minimale et réduire la perception selon laquelle toute avancée du voisin constitue nécessairement une perte pour l’autre.
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Le rapprochement ne commencerait donc pas forcément par un accord historique entre Rabat et Alger. Il pourrait naître de coopérations limitées sur des problèmes concrets, sans demander à l’un ou à l’autre pays d’abandonner ses positions sur le Sahara.