Maroc-Algérie : le vrai danger n’est pas la guerre

- 07h00 - Maroc - Ecrit par : Betty de G.

La rupture entre Rabat et Alger s’installe si profondément qu’elle pourrait devenir plus difficile à inverser qu’une crise ouverte. Une étude publiée ce mois-ci alerte sur une conflictualité silencieuse qui érode progressivement le dialogue, les relations humaines et la capacité du Maghreb à défendre ses intérêts.

Le principal danger entre le Maroc et l’Algérie ne serait pas nécessairement le déclenchement d’une guerre. Il résiderait plutôt dans l’installation d’une rivalité permanente, coûteuse et de plus en plus difficile à défaire, selon un rapport du Policy Center for the New South.

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Signée par Fadoua Ammari et Rida Lyammouri, l’étude estime que l’absence de dialogue est en train de devenir une composante structurelle de la relation entre les deux voisins. La frontière terrestre est fermée depuis 1994, Alger a rompu ses relations diplomatiques avec Rabat en 2021 et a rétabli en 2024 l’obligation de visa pour les ressortissants marocains.

Ces décisions successives ne constitueraient plus de simples réponses à des crises ponctuelles. Elles auraient progressivement institutionnalisé la séparation entre les deux pays et renforcé la perception du voisin comme une menace permanente.

Une rupture qui finit par devenir normale

Le rapport identifie trois risques majeurs : la banalisation de la rupture diplomatique, la militarisation croissante des perceptions réciproques et l’affaiblissement de la capacité du Maghreb à peser sur les dossiers africains, sahéliens et méditerranéens.

Cette dégradation ne prend pas forcément la forme d’une crise spectaculaire. Elle avance silencieusement, avec la raréfaction des contacts, le durcissement des doctrines et la disparition progressive des habitudes de coopération. Les auteurs parlent d’une « normalisation de l’anormal », lorsque la rupture finit par être acceptée comme l’état ordinaire des relations entre Rabat et Alger.

Cette situation réduit aussi les marges de manœuvre des responsables des deux pays. Plus la séparation dure, plus une tentative de rapprochement risque de devenir politiquement coûteuse. Les opinions publiques peuvent également se retrouver enfermées dans des représentations antagonistes, alimentées par des discours présentant systématiquement chaque avancée du voisin comme une perte pour l’autre.

Le coût dépasse largement la seule fermeture de la frontière. Les échanges entre les pays du Maghreb représentaient moins de 5 % de leur commerce total, selon les données du Fonds monétaire international reprises par l’étude. L’absence de coordination affaiblit aussi la région face aux tensions au Sahel, aux transformations énergétiques, aux risques climatiques et aux nouvelles compétitions en Afrique.

Les auteurs ne proposent pourtant ni une réconciliation immédiate ni le règlement préalable de tous les différends. Ils défendent une démarche progressive, commençant par le rétablissement de canaux techniques discrets, la création d’un mécanisme de gestion des incidents et la facilitation des situations humanitaires et familiales affectées par la fermeture de la frontière.

Une deuxième étape pourrait porter sur des domaines moins sensibles politiquement : santé, eau, climat, catastrophes naturelles, sécurité sanitaire ou échanges universitaires. Le dossier du Sahara resterait central, mais son absence de règlement ne devrait plus, selon les chercheurs, condamner automatiquement toute autre forme de coopération.

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Le paradoxe est donc que l’absence de guerre ne signifie pas nécessairement l’absence de danger. En laissant la rupture s’enraciner, le Maroc et l’Algérie risquent de transformer une rivalité politique en état permanent, jusqu’à rendre chaque rapprochement plus difficile que le précédent.