Maroc : 1 700 euros chez Renault, 300 euros ailleurs… le contraste révélé
Chez Renault à Tanger, les salaires atteindraient 1 700 euros, selon un syndicaliste. À Saïdia, un employé de glacier gagne 300 euros par mois. Un journaliste belge a parcouru le Maroc pour comprendre pourquoi l’essor industriel du pays ne profite pas à tous les travailleurs.
« Ne vous laissez pas aveugler par Renault. » La mise en garde vient d’un chauffeur de taxi marocain interrogé par John Vandaele, journaliste du média belge MO. Alors que les usines automobiles tournent à plein régime, de nombreux salariés peinent encore à vivre de leur travail. « Beaucoup de gens gagnent ici 300 euros par mois. C’est difficile de vivre avec ça », lui explique-t-il.
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Dans son reportage publié le 9 octobre, le journaliste s’est notamment rendu dans l’usine Renault de Tanger, présentée comme la plus grande du constructeur français. Une voiture sort des chaînes chaque minute, tandis que 90 % de la production part à l’exportation. Le site emploie 7 000 personnes, auxquelles s’ajoutent 11 000 salariés chez les fournisseurs directs, selon le syndicat UMT.
Ahmed Bahnis, secrétaire général de l’UMT, avance des rémunérations comprises entre 1 300 et 1 700 euros mensuels dans l’assemblage. Des montants rapportés par le syndicaliste, sans grille salariale fournie pour les confirmer. Il vante également les avantages obtenus après négociation : couverture de 75 % des dépenses de santé des salariés et de leurs familles, primes et treizième mois.
À Saïdia, 300 euros par mois et un logement fourni
À plusieurs centaines de kilomètres de Tanger, Abdel connaît une réalité bien différente. Cet employé travaillait auparavant dans un restaurant de Rabat pour 200 euros mensuels, auxquels s’ajoutaient les pourboires. Les loyers engloutissaient presque tout son salaire. En partageant un logement à l’extérieur de la capitale, il avait réduit ses dépenses de logement, mais dépensait davantage pour les transports.
Il a finalement rejoint Saïdia, où il travaille chez un glacier pour 300 euros par mois. Son employeur lui fournit une chambre, un avantage appréciable. Mais les pourboires sont rares dans cette station balnéaire qui se vide hors saison touristique.
À Jerada, Hamid gagne lui aussi 300 euros dans une centrale électrique. Il s’inquiète de la poussière de charbon présente sur son lieu de travail, après avoir perdu son père d’une maladie pulmonaire. Il parvient à limiter ses dépenses en occupant gratuitement un ancien logement de la compagnie minière.
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Ces écarts s’inscrivent dans un marché du travail profondément déséquilibré. Selon le Fonds monétaire international, les services, l’industrie et le bâtiment ont gagné 783 000 emplois entre 2019 et 2025. Mais l’agriculture en a perdu 809 000, sous l’effet notamment des sécheresses successives et de la modernisation des exploitations.
Le reportage belge s’arrête également à Douar Shalouh, près de Berkane. Dans ce village d’ouvriers agricoles, les habitants racontent travailler pour 25 euros par jour, sans emploi garanti. Certains gagnent au maximum 300 euros par mois. Ils vivent pourtant sans eau courante, électricité ni école, à une trentaine de kilomètres des résidences touristiques de Saïdia.