Maroc : une nouvelle surveillance des prix du carburant fait débat
Face aux tensions mondiales, le Conseil de la concurrence marocain instaure un suivi mensuel des prix des hydrocarbures. Cette décision récente suscite des réactions contrastées entre les syndicats, qui dénoncent une mesure insuffisante, et les défenseurs des consommateurs.
Dans un récent communiqué, l’institution de régulation a annoncé l’abandon de son évaluation trimestrielle au profit d’une analyse mensuelle de l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement et de commercialisation. Cette surveillance accrue des tarifs de l’essence et du gasoil répond aux pressions pesant sur l’offre mondiale et s’inscrit dans le sillage de l’amende transactionnelle infligée aux opérateurs pétroliers fin 2023.
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Cette nouvelle procédure laisse perplexe Houcine Al Yamani, secrétaire général du syndicat national du pétrole et du gaz. Dans un entretien accordé à Hespress, le responsable estime que les profonds déséquilibres du secteur découlent exclusivement de choix politiques, pointant du doigt la libéralisation des tarifs et l’arrêt définitif des activités de raffinage de la Samirfinage de la Samir.
Le représentant syndical exige une intervention drastique de l’instance constitutionnelle au lieu d’une simple observation. Il somme le Conseil de clarifier publiquement si les ententes tarifaires ont véritablement cessé depuis la sanction de 2023. Selon lui, plusieurs indicateurs prouvent le maintien de ces pratiques illicites, notamment l’alignement troublant des prix à la pompe, la mutualisation des achats et des stockages, ainsi que l’augmentation manifeste des marges bénéficiaires des entreprises de distribution.
Cette approche critique est tempérée par Bouazza Kherati, président de la Fédération marocaine des droits du consommateur. Il rappelle que la mission première du Conseil consiste à faire respecter le droit de la concurrence et non à plafonner directement les tarifs. Il salue les efforts récents de l’institution qui, depuis ses réformes de 2022, témoignent d’une véritable volonté de protéger le pouvoir d’achat des citoyens.
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Toutefois, le défenseur des consommateurs insiste sur la responsabilité directe de l’exécutif face à cette conjoncture. Il estime que les instabilités géopolitiques justifient pleinement l’activation d’une limitation temporaire et exceptionnelle des prix, une mesure strictement prévue par la loi. Pour faire face à ces niveaux jugés intolérables, il appelle enfin le gouvernement à réviser d’urgence le poids de la fiscalité imposée sur les carburants.