Maroc : un scandale éclate sur la location de voitures de luxe
Au Maroc, un vaste audit sur des marchés de plus de 75 millions de dirhams révèle des irrégularités dans la location des véhicules haut de gamme au sein d’une trentaine de communes réparties dans trois grandes régions du royaume.
Les services de la Direction des finances des collectivités locales mènent depuis plusieurs semaines une enquête sur les marchés de location de véhicules haut de gamme dans les communes. Sont particulièrement visées des communes relevant des régions de Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra et Fès-Meknès, indiquent des sources à Hespress, précisant que l’audit porte sur des contrats d’une valeur totale dépassant 75 millions de dirhams, couvrant quatre exercices budgétaires. L’enquête fait suite à des signalements internes pointant des irrégularités récurrentes, notamment l’attribution de marchés à des entreprises liées, de près ou de loin, à des élus locaux disposant d’un pouvoir décisionnel.
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Les enquêteurs ont découvert un système bien rodé. Des sociétés de location auraient été créées au nom de proches de présidents de conseils ou d’élus influents, leur permettant de remporter facilement les marchés communaux. Ces entreprises domineraient désormais ce segment, décrochant des contrats dont les montants dépassent parfois les capacités budgétaires des collectivités concernées, aux ressources propres déjà limitées. De plus en plus, la location est perçue par les communes comme un moyen de réduire les engagements d’investissement tout en transférant au prestataire les charges d’entretien, d’assurance et de maintenance.
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Les enquêteurs ont aussi identifié des cahiers des charges rédigés sur mesure, éliminant de facto toute concurrence réelle. Ils ont également repéré des marchés artificiellement divisés sur plusieurs exercices pour éviter les procédures formelles et favoriser la négociation directe. Par ailleurs, il a été constaté que des agents ont utilisé des véhicules en dehors des heures de service, effectué des déplacements privés avec lesdits véhicules pendant les congés, ou des trajets non déclarés. Pour vérifier ces informations, les enquêteurs ont croisé les ordres de mission avec les données du système de télépéage Jawaz, installé sur une partie de la flotte, et dont les coûts augmentent sensiblement dans les budgets communaux.
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Dans son rapport annuel 2023-2024, la Cour des comptes alertait déjà sur l’absence d’un cadre institutionnel clair régissant l’affectation, la typologie et les modalités d’exploitation des véhicules communaux, rappelant que les collectivités territoriales disposent aujourd’hui d’un parc de 48 485 véhicules, en hausse de 46 % depuis 2016, sans qu’aucune stratégie d’optimisation cohérente n’ait été mise en place. L’audit devrait s’étendre au premier trimestre 2026 à d’autres territoires. Les conclusions finales pourraient entraîner des mesures disciplinaires à l’encontre des responsables impliqués. Si des éléments infractionnels sont établis, le dossier pourrait être transmis à d’autres instances de contrôle pour des poursuites.