Yacine, Marocain, musulman et gay

- 00h36 - Maroc - Ecrit par : L.A

Yacine est un jeune français d’origine marocaine. Il est homosexuel et musulman. Pour Afrik.com, il a accepté de témoigner. Il nous parle de sa relation à Dieu. Il se livre sur sa position délicate au sein d’une famille maghrébine où l’homosexualité est un sujet tabou, et évoque son désir d’enfants.

Yacine est un jeune homme de trente ans drôle et plein de vie, limite hyper actif selon son entourage. Comme il se plaît à le répéter souvent, il s’adore. L’allure toujours très soignée, ultra fashion, il aime faire la fête. C’est un artiste, un passionné de musique. Avec ses faux airs précieux, dans la cité où il a grandi et où il habite encore aujourd’hui, dans le nord de la France, c’est un ovni. Il adore le matériel hi-fi, informatique, les grandes marques, les belles choses. Il rêve de luxe, de s’offrir une autre vie, une vie de star. C’est avec une apparente insouciance qu’il aborde la vie, mais quand on creuse un peu, on s’aperçoit que derrière le masque se cache une personnalité complexe, tiraillée entre les valeurs profondes de sa religion auxquelles il est très attaché et son homosexualité. Pour lui, il est clair qu’il est en totale contradiction avec les préceptes de l’Islam. Cependant, il assume cette réalité, même s’il dit être parfois « un peu paumé ». Il affirme que le regard des autres lui est égal. Le plus difficile pour lui, c’est sa relation avec sa famille et, en particulier, sa mère qu’il adore, au fond, ce qui le relie à Dieu, lui permet de trouver la force nécessaire pour affronter le quotidien.

Comment vis-tu ton identité complexe ?

Je ne peux pas la vivre bien, je suis en contradiction avec ma propre religion, j’ai toujours l’impression d’être en désaccord avec moi-même. La religion occupe une grande place dans ma vie, je m’y accroche, parce que c’est ce qui m’aide. Au fond, je n’ai rien demandé, ça m’est tombé sur la gueule. Je suis comme je suis, je ne peux pas me mentir, jouer un rôle. Quand on me pose la question, je réponds oui, je suis gay.

Tu te sens coupable vis-à-vis de Dieu ?

Je ne me sens pas coupable, plutôt redevable. Dieu m’a aidé à traverser pas mal d’épreuve, notamment la mort de mon père. Il m’aide à tenir, à ne pas tomber dans la dépression ou dans la drogue, pire dans la prostitution. Il m’aide à ne pas sombrer. Je voudrais que Dieu ait un autre regard sur moi, parce que je pense que je lui dois beaucoup. Je voudrais me ranger sur le chemin de la normalité, même si je ne pense pas être anormal, enfin bref, c’est un gros bordel tout ça. Si la religion n’avait pas une place si importante dans ma vie, je m’en foutrais, comme certains de mes amis, c’est sûr, je le vivrais autrement.

Quand tu pries, qu’est ce que tu demandes à Dieu ?

Avant, quand je priais, je demandais à Dieu de me pardonner, comme si j’avais commis un crime. Je me sentais mal. Aujourd’hui, je lui demande de me guider, de me donner la foi, de m’offrir un équilibre, et même si ça parait fou, de m’aider à trouver une femme et d’avoir des enfants. Je dois avouer que quand je vois mes amis d’enfance se marier, avoir des enfants, ça me fout les boules. Je me dis que j’aimerais aussi vivre cela. De toutes façons je ne veux pas finir ma vie seul comme une vieille tapette, à courir derrière les petits jeunots. (Rire).

Tu t’es livré à ta famille ?

C’est un poids très lourd que je porte depuis mon adolescence, un lourd secret que j’ai révélé à trois de mes sœurs il y a seulement quelques mois. On en parle, on en rit même, et je dois avouer que ça me fait du bien. Avec ma mère, c’est différent, elle est très âgée, d’une autre génération, je ne pourrais jamais lui avouer… Je crois que ça la tuerait si je lui présentais mon petit ami : Maman Rachid, Rachid Maman. » (Rire).

Ta mère voudrait que tu fondes une famille, comment gère-tu cela ?

Elle voudrait que je me marie, que j’aie des enfants, me voir heureux dans ma vie de famille. Elle me dit souvent « je n’attends que ça mon fils, après que la mort vienne, je l’accueillerai le cœur en paix », et ça me pourrit l’existence. J’aime tellement ma mère, j’aimerais tellement lui offrir ça. Alors, ça fait un an que je pense à me marier, me ranger, rendre heureuse ma mère. En plus, j’ai une envie égoïste d’enfants, et si la femme que j’épouse doit en souffrir, alors tant pis. Si c’est le prix à payer, je le ferais... Enfin, c’est ce que je dis aujourd’hui, mais c’est compliqué. »

Comment te sens-tu aujourd’hui ?

Plutôt bien, je ne me sens pas fou, je ne me sens pas malade, juste différent. Un peu paumé quand même dans ma vie, égaré dans ma religion. Je me dis qu’il y a un truc qui cloche. C’est un peu un cercle vicieux, je n’ai pas trop le choix, j’assume ou plutôt je me suis fait une raison. Je ne vais pas chialer toute ma vie, j’ai assez chialé, ça suffit.

Afrik.com - Jalil Oumeddour

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