50 Marocains deviennent une « vague migratoire » au Brésil : l’intox qui vient d’Argentine

- 06h00 - Monde - Ecrit par : L.A

Une cinquantaine de Marocains accompagnés en trois mois à Florianópolis ont été transformés en « invasion » du Brésil. Lancée par un site argentin et amplifiée par des comptes proches de la droite, l’intox a généré 13 400 mentions et recyclé des images de Ceuta.

À l’origine, il n’y a ni vague ni arrivée massive. La mission catholique Scalabrini avait simplement indiqué avoir accompagné 50 immigrés marocains en trois mois à Florianópolis, dans l’État de Santa Catarina.

Ce chiffre limité change totalement de dimension le 25 août. Le site argentin La Derecha Diario affirme que l’arrivée de Marocains aurait « explosé » dans le sud du Brésil et accuse les politiques migratoires du président Luiz Inácio Lula da Silva. Pourtant, la source sur laquelle il s’appuie ne parlait ni d’explosion ni de décision du gouvernement brésilien.

Le rapport de l’Observatório Lupa a reconstitué la diffusion de cette histoire. Entre le 21 et le 27 août, la prétendue « vague marocaine » a généré au moins 13 400 mentions sur les réseaux sociaux et les sites internet : environ 11 000 en espagnol et 2 000 en portugais.

Les chiffres officiels font pourtant s’effondrer le récit. Santa Catarina avait enregistré 57 demandes d’asile déposées par des Marocains depuis le début de l’année, soit seulement 1,86 % des 3 059 demandes reçues dans l’État. Les Cubains en avaient déposé 1 707, les Haïtiens 543, les Vénézuéliens 227 et les Argentins eux-mêmes 61.

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La campagne prend ensuite une tournure directement politique. Christopher Marchesini, un influenceur argentin reçu par Javier Milei en mai, accuse Lula d’encourager l’immigration marocaine et de mettre la frontière argentine en danger. Au 27 août, sa vidéo totalisait 14 500 « likes », 3 582 commentaires et 1 712 partages.

Ceuta transportée à des milliers de kilomètres

Pour donner un visage à cette « invasion » introuvable, les comptes impliqués ont utilisé des images qui n’avaient aucun rapport avec le Brésil. Une photographie montrant une foule massée au bord de la mer provenait en réalité de la récente crise migratoire à Ceuta.

Les mouvements spectaculaires enregistrés dans l’enclave espagnole ont ainsi été déplacés jusqu’à Santa Catarina, de l’autre côté de l’Atlantique. Une autre publication a recyclé la photographie de migrants entassés sur une embarcation prise en septembre 2015.

Le compte InformatePy a lui aussi annoncé l’arrivée massive de Marocains à Santa Catarina avec une image hors contexte. Sa publication avait déjà atteint 375 400 vues et 3 000 partages au moment de l’analyse de Lupa.

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L’enquête n’a retrouvé aucune annonce du gouvernement brésilien, de la mairie de Florianópolis, de la diplomatie brésilienne ou de l’ambassade du Maroc confirmant une arrivée massive de ressortissants marocains.

La mécanique de l’intox tient donc en quelques étapes : 50 personnes accompagnées par une association deviennent une explosion migratoire, Lula est désigné comme responsable, puis des images prises à Ceuta et en 2015 fabriquent la preuve visuelle. En moins d’une semaine, cette « vague » inexistante avait traversé l’Argentine et le Brésil et généré des centaines de milliers de vues.