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Les Marocains vivent "dans une dictature des mœurs"

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16 septembre 2019 - 14h20 - Société

L’arrestation, la détention et les poursuites judiciaires contre la journaliste, Hajar Raïssouni, et son entourage pour "débauche", continuent de faire couler beaucoup d’encre au Maroc.

C’est une actualité qui relance le débat sur les libertés individuelles et, plus particulièrement, celui sur le contrôle de leur corps par les femmes au Maroc. La journaliste, qui risque jusqu’à deux ans de prison, avait dû se soumettre à des examens gynécologiques humiliants imposés dans le cadre de l’enquête qui ont tout, ou presque, révélé de son intimité. Dans une analyse pour le journal français, Le monde, sur la situation, le Pr Mehdi Alioua évoque un véritable cauchemar !

Selon le Professeur, les Marocains vivent dans une dictature qui leur impose des normes surannées, faisant reposer l’essentiel de la responsabilité sur les femmes, garantes de l’ordre social.

Mehdi Alioua explique que si, dans la sphère politique, ce sont toujours les hommes qui dirigent, ordonnent, contrôlent, châtient et pardonnent, dans la vie sociale, en revanche, l’angoisse du changement est renvoyée aux femmes. Elles seraient la cause des défaites, des sécheresses, des tremblements de terre, des mœurs légères des jeunes hommes, etc.

En réalité, selon Mehdi Alioua, cette affaire "Hajar Raïssouni" qui n’est que la partie visible de l’iceberg permet de mieux comprendre comment les autorités judiciaires fonctionnent : elles s’intéressent bien plus à la sexualité entre adultes consentants qu’aux violences sexuelles et à la protection des personnes vulnérables, les enfants et les femmes.

Cela en dit long sur l’état des libertés au Maroc et sur la façon dont l’Etat s’immisce dans la vie privée des citoyens, considérant que les corps, les sexes, les plaisirs doivent être contrôlés et régulés … jusqu’à l’absurde !

Fort heureusement, d’après l’analyste, de nos jours, les Marocaines luttent pour que leurs droits soient effectifs dans leur quotidien et pas seulement sur le papier. Les Marocaines et les Marocains, affirme-t-il, se sont libérés du despotisme colonial et du pouvoir absolu du sultan pour construire une nation composée de citoyens libres et égaux en droits.

S’ils ont gagné le "droit d’avoir des droits", ils ne se sont pas libérés du besoin, la pauvreté et les injustices sociales limitant le plein exercice de leurs libertés individuelles. A en croire le Pr Mehdi Alioua, la véritable transition démocratique du Maroc se situe précisément à ce niveau.

Les inégalités sociales, explique-t-il, ne sont pas qu’une question d’économie ou de revenus, mais aussi d’accès à la liberté. Pour l’instant, nous ne sommes pas encore "libres d’être libres", selon la formule d’Hannah Arendt, et ce sont les femmes qui sont les victimes expiatoires de l’immense frustration généralisée, s’émeut-il.

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