Mondial 2030 : Fitch avertit le Maroc, les dépassements de coûts pourraient alourdir sa dette
Fitch maintient la note souveraine du Maroc à BB+, mais avertit que les investissements du Mondial 2030 pourraient fragiliser les finances publiques en cas de dépassement des coûts ou de soutien accru de l’État aux entreprises chargées des chantiers.
L’agence américaine a confirmé jeudi 17 septembre la note à long terme du royaume à BB+, assortie d’une perspective stable. Le Maroc reste ainsi une marche sous la catégorie investissement, qui commence à BBB-.
Cette note reflète, selon Fitch Ratings, la solidité des politiques macroéconomiques, des réserves de change suffisantes et le soutien des créanciers institutionnels. Ces atouts sont toutefois contrebalancés par une dette publique élevée, des indicateurs de gouvernance plus faibles et la dépendance de l’économie à l’égard des conditions climatiques.
Fitch consacre une partie importante de son analyse aux investissements lancés avant la Coupe du monde 2030. L’agence estime que la majorité des infrastructures sera financée par des entreprises publiques, des partenariats public-privé et d’autres structures situées hors du budget de l’État.
Le royaume a engagé un vaste programme de stades, de lignes ferroviaires et d’infrastructures pour 2030. Ces marchés suscitent également l’intérêt des entreprises étrangères, notamment espagnoles, qui préparent déjà une offensive économique pour décrocher les contrats du Mondial.
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Fitch identifie trois risques : des dépassements de coûts, la nécessité pour l’État d’apporter davantage de soutien aux opérateurs publics et l’accumulation d’engagements financiers susceptibles de finir dans les comptes du royaume.
Les dépenses d’investissement directement inscrites au budget devraient déjà représenter en moyenne 7,5 % du PIB entre 2027 et 2028. Elles ne constituent toutefois qu’une partie de l’effort total, puisque l’essentiel des projets liés au Mondial sera porté par des entités publiques ou des montages hors budget.
Une dette nettement supérieure à celle des pays comparables
Fitch prévoit que la dette de l’administration centrale restera proche de 67 % du PIB en 2028, soit le même niveau qu’en 2025. Ce ratio dépasse largement la médiane de 51 % attendue pour les autres pays notés dans la catégorie BB.
La structure de la dette limite cependant une partie des risques. Les emprunts marocains disposent généralement d’échéances longues, sont majoritairement conclus à taux fixe et bénéficient d’une part importante de financements extérieurs à des conditions avantageuses.
Le déficit budgétaire devrait néanmoins remonter de 3,5 % du PIB en 2025 à 4 % en 2026. Fitch attribue cette dégradation temporaire aux conséquences de la crise du détroit d’Ormuz : hausse des prix de l’énergie, augmentation des subventions au gaz butane, soutien aux transporteurs et transferts supplémentaires à l’Office national de l’électricité et de l’eau potable.
L’agence prévoit ensuite un déficit moyen de 3,4 % entre 2027 et 2028, à condition que les prix de l’énergie se normalisent et que les dépenses exceptionnelles diminuent.
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La croissance marocaine devrait parallèlement ralentir de 4,9 % en 2025 à 4 % en 2026, avant d’atteindre 4,2 % en moyenne en 2027 et 2028. Les investissements dans les infrastructures, l’industrie et le tourisme, ainsi qu’une nouvelle bonne campagne agricole, doivent atténuer les effets du renchérissement de l’énergie et du ralentissement de la demande européenne.
Fitch souligne enfin que les réserves de change ont atteint 48 milliards de dollars fin 2025. La nouvelle ligne de crédit modulable de 4,5 milliards de dollars accordée par le FMI constitue une protection supplémentaire.
Pour espérer une amélioration de sa note, le Maroc devra notamment réduire durablement le poids de sa dette et limiter les engagements liés aux entreprises publiques. À l’inverse, un dérapage des coûts du Mondial 2030 ou le transfert de dettes hors budget vers les comptes de l’État pourrait peser sur sa notation.