Le groupe Mory fait le pari du Maroc

- 01h51 - France - Ecrit par : L.A

Il a fait un pari risqué. Celui de rester au Maroc alors même que ses clients désertaient le Royaume pour l’Asie. Bien installé au Maghreb, Alain Bréau est le PDG du groupe Mory, un des leaders français de la logistique (1 milliard d’euros de chiffre d’affaires dont 15 millions au Maroc).

Après le premier démantèlement des quotas sur le textile chinois par l’Union européenne (UE), le 1er janvier 2005, il avait vu donneurs d’ordres et distributeurs aller s’approvisionner massivement en Chine. Le Maroc - pourtant un fournisseur traditionnel de la France - s’en était trouvé délaissé. Pas assez concurrentiel. Le coût de fabrication d’une chemise est de 12 euros en Vendée. Il est encore de 3 euros au Maroc pour seulement 1 euro en Chine. Conséquence : le pays a vu fondre de 7 % ses exportations dans l’habillement en 2005.

Mais M. Bréau n’a pas désespéré. Il a toujours cru que les donneurs d’ordres finiraient par revenir près de leur fournisseur "naturel". Son credo est que les Chinois ne sont pas intéressés par la production de petites séries. "Et c’est (sur ce créneau) qu’il y aura des parts de marché à gagner", déduit-il. Il anticipe même ce retour et investit près de 5 millions d’euros dans la construction d’un centre de transport-logistique de 10 000 m2, situé près du port de Casablanca.

Son intuition va s’avérer juste. Après la réintroduction de quotas sur le textile chinois par l’UE, le 10 juin 2005, certains donneurs d’ordres commencent alors à revenir au Maroc. "Ils se sont vite aperçus (qu’en Chine) la qualité n’était pas au rendez-vous et que les délais n’étaient pas respectés, explique Jean-Philippe Di Guardo, directeur produit Maghreb chez Mory.Et au Maroc, on parle français."

Cette reprise d’activité est surtout due au "fast fashion". Ce système permet de répondre, en quelques jours, aux tendances très changeantes de la mode. "Nous avons profité des quotas pour nous perfectionner dans cette industrie", confirme Salah Eddine Mezouar, ministre du commerce. "Les commandes peuvent être passées auprès des Marocains jusqu’au vendredi, détaille M. Bréau. La marchandise est en rayon dès le mardi. Le Maroc, c’est presque la banlieue parisienne."

Depuis, le Royaume voit ses exportations d’habillement repartir à la hausse (+ 5 % en 2006). Certes, "ce retour a un prix, souligne M. Di Guardo. Les donneurs d’ordres veulent les mêmes prix que ceux pratiqués par les Chinois". Il a donc fallu trouver un compromis. Trop chers - un conducteur revient à 1 euro le kilomètre -, les chauffeurs français sont délaissés au profit de routiers marocains ou est-européens. A 80 centimes d’euro le kilomètre pour un couple de chauffeurs, ceux-là sont plus rentables.

"Revitaliser la Méditerrannée"

M. Bréau vise les 30 % de croissance par an pour son groupe, avec plus de 2 500 semi-remorques. Un objectif qu’il a rappelé, jeudi 14 juin, devant de nombreuses personnalités marocaines, venues assister à l’inauguration de son centre transport-logistique du port de "Casa". Chefs de douanes, gouverneurs de Sa Majesté - sortes de préfets -, conseillers de l’ambassade de France... Devant cet aréopage, l’entrepreneur a d’ailleurs insisté sur "l’absolue nécessité de revitaliser la Méditerranée, sur un plan économique et politique".

Il prend donc au mot le chef de l’Etat français, Nicolas Sarkozy, qui souhaite voir se constituer une Union méditerranéenne. Quant au secrétaire général au ministère marocain des transports, Mohammed Margaoui, il estime "vital que la logistique se développe (dans notre pays). Nous pouvons y gagner jusqu’à huit points de croissance".

Le Monde - Mustapha Kessous

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