L’OCP réussit une première en Afrique

- 20h00 - Maroc - Ecrit par : Mohamed A.

Le leader marocain des engrais (OCP) a bouclé une émission obligataire hybride de 1,5 milliard de dollars. Une première africaine qui démontre l’attractivité du groupe, malgré un marché mondial lourdement perturbé par les récentes crises géopolitiques et logistiques.

Cette transaction libellée en dollars marque la réouverture du marché obligataire primaire de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, paralysé depuis plus d’un mois. Divisée en deux tranches à échéance 2031 et 2036, l’opération pilotée par BNP Paribas, Citi et JPMorgan a suscité un engouement massif. La demande a frôlé les 7 milliards de dollars, soit une sursouscription de 4,6 fois le montant initial, attirant 176 investisseurs issus de 23 pays différents.

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Ce succès financier intervient dans un climat de forte tension sur l’approvisionnement mondial en intrants agricoles. Selon un document interne consulté par Reuters, la fermeture du détroit d’Ormuz a provoqué une flambée de 35 % des prix du soufre au Moyen-Orient en avril. À cette crise liée au conflit iranien s’ajoutent les strictes restrictions d’exportation imposées par la Chine, compliquant davantage l’accès à ce composant essentiel.

Face à cette conjoncture, l’entreprise publique a sécurisé ses stocks de soufre jusqu’à la fin du mois de juin en diversifiant ses sources d’approvisionnement, de l’Europe au Canada en passant par la mer Rouge. Surtout, la direction ajuste sa stratégie industrielle en privilégiant la fabrication de superphosphate triple (TSP). Ce produit nécessite moins de soufre et se passe d’ammoniac contrairement au phosphate diammonique, ce qui devrait porter sa part de production à « plus de 50 % en 2026 », contre 30 % l’année précédente.

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Le groupe phosphatier, qui a vu sa capacité de frappe passer de 3 millions de tonnes en 2008 à 16 millions de tonnes en 2025, gère habilement son calendrier. Pour s’adapter aux coûts élevés des matières premières, les opérations de maintenance initialement prévues pour le second semestre ont été anticipées au deuxième trimestre. Ce réajustement tactique entraînera temporairement une baisse de 30 % de la production de ce mastodonte de l’industrie.