Regain d’inquiétude pour la liberté de la presse au Maroc

- 09h23 - Maroc - Ecrit par :

Divers incidents mettant en cause la liberté de la presse ont suscité de sérieuses inquiétudes, notamment dans les principaux hebdomadaires marocains, quant à l’intention des autorités de s’en prendre à des journaux indépendants sous prétexte qu’ils porteraient atteinte aux "institutions sacrées" du royaume.

La convocation par la police judiciaire de Rabat d’Ali Lamrabet, directeur de deux hebdomadaires satiriques qui cultivent une grande liberté de ton, l’un francophone, Demain magazine, l’autre arabophone Doumane, est au centre de ce regain d’inquiétude, de même que des difficultés rencontrées à Rabat par la correspondante de la chaîne Al-Jazira.

Selon le compte rendu donné par M. Lamrabet, son interrogatoire du 1er avril a porté, cinq heures durant, sur une série d’articles parus au cours des derniers mois et qui seraient tous considérés comme ayant mis en cause, d’une manière ou d’une autre, les "institutions sacrées" du pays.

Les articles incriminés concernent le budget de la liste civile royale voté au Parlement, une bande dessinée sur "l’histoire de l’esclavage" au Maroc, un photomontage mettant en scène des personnalités politiques du royaume et enfin les extraits d’une interview d’un républicain notoire, Abdallah Zaâzaâ.

Un nouveau code de la presse très controversé, adopté au Maroc en mai 2002, maintient les sanctions, y compris des peines de prison, à l’encontre de journalistes coupables de divers "délits". Les publications restent menacées de saisie pour des motifs aussi nombreux que flous : atteintes à l’islam, à l’institution monarchique, à "l’intégrité territoriale" ou, tout simplement, à "l’ordre public".

"Nos hautes autorités ont finalement décidé de mettre le paquet pour liquider, d’une façon ou d’une autre, deux publications satiriques", a estimé Demain magazine dans sa dernière livraison, rappelant une série de procès en diffamation récemment lancés contre lui et une condamnation à 4 mois de prison ferme de son directeur - qui est en liberté provisoire dans l’attente du jugement en appel.

La condamnation de M. Lamrabet avait été prononcée le 21 novembre dernier après la publication d’un artice faisant état d’un projet de vente du palais royal de Skhirat. Cette simple évocation, pourtant faite au conditionnel, avait été considérée comme portant atteinte à la sacralité de l’institution royale.

"La censure fait son come-back", titre de son côté Le Journal Hebdomadaire, qui dénonce cette "actualité dont on aurait préféré se passer".

Ce journal, comme l’hebdomadaire Tel Quel, relatent un autre incident récent, concernant la correspondante de la chaîne quatariote Al-Jazira, empêchée de transmettre son reportage sur une manifestation de soutien à l’Irak qui s’est déroulée dans la capitale le 30 avril.

Iqbal Ilhami, la journaliste concernée, a assuré que l’ordre de bloquer la diffusion de son reportage est venu directement du ministre marocain de la Communication et qu’il constituait une "punition" pour la diffusion de sujets considérés comme de "fausses informations concernant le Maroc".

"Le ministre m’a demandé d’être plus coopérative en vue des événements que connaîtra le Maroc et que je garantisse qu’il n’y aura plus, dans l’avenir, des informations qui perturbent l’ordre public", a-t-elle dit.

Toujours à propos de la libéralisation de la presse dans le royaume, une autre source d’inquiétude concerne le journal français Le Monde qui se propose de lancer une édition imprimée au Maroc. Alors que le quotidien parisien a tout préparé pour un lancement officiel le 14 avril prochain, Le Journal Hebdomadaire relèvait Dimanche que "l’autorisation d’imprimer n’a pas encore été délivrée".

AFP

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