Les résultats de élections au Maroc vus par la presse internationale
Le PAM arrive en tête des législatives marocaines, le RNI perd 36 sièges et le PJD revient dans le jeu. Mais, de Madrid à Berlin et Doha, un autre chiffre domine les analyses : près de 62 % des électeurs inscrits ne se sont pas déplacés.
Selon les résultats provisoires annoncés après le scrutin du 23 septembre, le Parti authenticité et modernité (PAM) obtient 97 des 395 sièges de la Chambre des représentants. Ses partenaires de la majorité sortante, le RNI et l’Istiqlal, suivent avec respectivement 66 et 65 sièges. Le PJD en décroche 54. La presse espagnole EFE voit dans ce classement une victoire du PAM, mais aussi un net recul du parti qui dirigeait le gouvernement.
Le rapport de force a changé à l’intérieur même de la coalition. Le PAM gagne dix sièges par rapport à 2021, tandis que le RNI en perd 36 et l’Istiqlal 16. Ensemble, les trois formations disposent encore de 228 députés, soit davantage que les 198 nécessaires à la majorité absolue. Elles peuvent donc reconduire leur alliance, sous une autre direction politique. C’est le paradoxe mis en avant par Al Jazeera : la majorité sortante conserve les sièges pour gouverner, mais son équilibre est renversé.
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La reconduction de cette alliance n’est pas acquise. Le PAM et le RNI se sont affrontés pendant la campagne malgré leurs cinq années passées au gouvernement. Depuis le vote, Fatima Ezzahra El Mansouri, membre de la direction du PAM, a toutefois annoncé que son parti discuterait sans « lignes rouges », rapporte El País. Les chiffres permettent une coalition à trois ; les négociations diront si ses membres veulent encore gouverner ensemble.
L’autre mouvement marquant est celui du PJD. Tombé de 125 à 13 députés en 2021, le parti d’Abdelilah Benkirane remonte à 54 sièges. El País souligne sa campagne contre la corruption et la normalisation des relations avec Israël. L’arabisant Bernabé López García estime que cette dernière question a contribué à sa progression. Benkirane a, de son côté, écarté une entrée dans un gouvernement conduit par le PAM. Le PJD retrouve ainsi une place de poids dans l’opposition parlementaire.
Une victoire parlementaire face à une abstention massive
Le chiffre qui traverse presque toutes les lectures étrangères reste celui de la participation : environ 38 % des inscrits, contre un peu plus de 50 % en 2021. Près de six millions de personnes ont voté sur quelque 15,8 millions d’inscrits. Tagesschau et EFE relèvent un niveau de participation inédit depuis 2007.
La proportion est encore plus faible si l’on considère l’ensemble des Marocains en âge de voter, dont beaucoup ne figurent pas sur les listes. La délégation de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe estime que moins d’un adulte sur quatre a exprimé un vote valide. Elle décrit un scrutin organisé efficacement, avec un large choix politique, tout en faisant de la faible participation un défi majeur pour la représentation et la confiance envers les institutions.
Ses observateurs soulèvent aussi une question qui concerne directement les Marocains du monde. Ils demandent que les plus de six millions de citoyens résidant à l’étranger puissent voter personnellement et à bulletin secret. À leurs yeux, le vote par procuration ne garantit pas suffisamment le choix individuel ni le secret du scrutin. Ils réclament également l’inscription automatique des citoyens remplissant les conditions pour voter.
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Cette distance avec les urnes nourrit les analyses sur la jeunesse. Avant le vote, Reuters décrivait le fossé entre les promesses d’emploi des partis et les jeunes qui doutent de leur capacité à améliorer le quotidien. Le scrutin du 23 septembre ne permet pas de ramener chaque abstention à cette seule explication. Il donne néanmoins à la participation une place centrale dans le bilan politique de l’élection.
Reste le choix du prochain chef du gouvernement, que le roi doit nommer au sein du parti arrivé en tête. EFE et El País citent Fouzi Lekjaa parmi les favoris. L’agence italienne ANSA met davantage en avant Fatima Ezzahra El Mansouri, qui deviendrait la première femme à diriger un gouvernement marocain. Deux noms, deux lectures du même résultat : le PAM a gagné la première place, mais la composition du pouvoir exécutif reste à décider.
La prochaine majorité pourra s’appuyer sur une assise parlementaire confortable si les trois anciens partenaires s’entendent. Elle devra gouverner avec ce chiffre en regard : près de six électeurs inscrits sur dix sont restés chez eux, tandis que des millions de Marocains vivant à l’étranger ne disposent toujours pas du vote personnel réclamé par les observateurs européens.