Retraités marocains aux Pays-Bas : Leurs enfants obligés de payer les factures
Aux Pays-Bas, une grande partie des retraités issus de l’immigration se retrouve sous le seuil de pauvreté. Un phénomène alarmant qui touche particulièrement les travailleurs d’origine marocaine, pénalisés par des carrières fragmentées et des pensions incomplètes.
Le décalage est frappant. Alors que seulement 3 à 6 % des retraités d’origine néerlandaise ou européenne vivent dans la précarité, ce chiffre grimpe à 40 % pour les immigrés venus du Maroc et de Turquie. Selon les informations du média néerlandais RTL, cette vulnérabilité s’explique par le système de la pension de base (AOW). Pour percevoir une allocation complète, il faut avoir résidé cinquante ans aux Pays-Bas. Chaque année manquante entraîne une amputation de 2 % sur le montant final, pénalisant lourdement cette génération.
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À cette retraite de base tronquée s’ajoute la faiblesse des pensions complémentaires. Jelle Lössbroek, chercheur à l’Institut interdisciplinaire de démographie (NIDI), souligne que ces travailleurs ont évolué dans des secteurs peu rémunérateurs. « Dans les années où ils étaient actifs, ils gagnaient souvent moins d’euros de l’heure que les Néerlandais sans passé migratoire », explique-t-il, ajoutant qu’ils accumulaient par conséquent « moins de pension par euro gagné ». Aujourd’hui, la facture de ces inégalités se paie au prix fort.
Cette précarité engendre du stress, un sentiment de honte, des problèmes de santé et un isolement social. Le fardeau financier retombe souvent sur leurs enfants, contraints de mettre la main à la poche pour couvrir les charges fixes de leurs parents, à l’image d’un témoin nommé Tarik. L’ampleur du problème ne cesse d’enfler : le nombre de retraités immigrés est passé de 200 000 au début du siècle à 400 000 aujourd’hui, avec une projection à 900 000 d’ici 2050, touchant majoritairement les franges les plus fragiles.
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Face à cette situation, un filet de sécurité gouvernemental existe : la provision de revenu supplémentaire pour les personnes âgées (AIO). Pourtant, au moins un tiers des ayants droit l’ignorent ou n’osent pas la solliciter. Tarik Uçar, dirigeant au sein du fonds de pension du secteur du nettoyage, constate que même lorsque cette aide est connue, « il y a souvent une grande peur de devoir rembourser ou que les allocations soient réduites ». Cette crainte, en partie liée au récent scandale des allocations dans le pays, pousse de nombreux retraités à renoncer à leurs droits.