Sánchez dit avoir convoqué l’ambassadrice du Maroc… mais elle n’était pas en Espagne

- 21h00 - Espagne - Ecrit par : Mohamed A.

Pedro Sánchez a affirmé devant le Parlement avoir convoqué l’ambassadrice du Maroc pour protester contre des déclarations sur Ceuta et Melilla. Le ministère espagnol des Affaires étrangères a ensuite reconnu que Karima Benyaich était absente et qu’un autre diplomate avait assisté à la réunion.

La révélation est venue du président du gouvernement espagnol lui-même, jeudi 3 septembre, lors de sa comparution devant le Congrès consacrée à la crise provoquée par les passages massifs à Ceuta.

Pedro Sánchez a assuré que son gouvernement avait convoqué l’ambassadrice du Maroc en Espagne le 21 août. Cette démarche devait, selon lui, exprimer le rejet de Madrid après les déclarations jugées « inacceptables » de ministres marocains sur Ceuta et Melilla.

« Nous avons convoqué l’ambassadrice marocaine le 21 août », a déclaré en substance le chef du gouvernement devant les députés.

Mais Karima Benyaich ne se trouvait pas en Espagne à cette date et n’a donc pas participé à la réunion.

Quelques heures après l’intervention de Sánchez, le ministère espagnol des Affaires étrangères a dû préciser ce qui s’était réellement passé.

La convocation avait été adressée à l’ambassade du Maroc, mais c’est le chargé d’affaires qui s’était rendu au ministère. Ce diplomate est le numéro deux de l’ambassade et exerce les fonctions de chef de mission lorsque l’ambassadrice est absente.

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Le gouvernement espagnol maintient donc que la démarche diplomatique a bien eu lieu et que le message de protestation a été transmis au Maroc. Mais la personne reçue n’était pas celle mentionnée par Pedro Sánchez devant le Parlement.

Une convocation gardée secrète pendant près de deux semaines

L’existence de cette réunion n’avait jamais été annoncée publiquement avant la déclaration du président du gouvernement.

Pourtant, la convocation d’un ambassadeur constitue habituellement un geste diplomatique officiel destiné à manifester le mécontentement d’un État. L’Espagne avait communiqué sur des démarches comparables auprès d’Israël, de la Russie, de l’Italie ou de l’Argentine.

Interrogées sur ce silence de près de deux semaines, des sources gouvernementales l’ont justifié par « la prudence et la responsabilité », rapporte Europa Press.

Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, avait seulement indiqué le 28 août que les revendications marocaines sur Ceuta et Melilla avaient été rejetées par « tous les canaux diplomatiques formels ». Il n’avait alors pas révélé qu’un représentant de l’ambassade avait été convoqué.

L’opposition réclamait justement depuis plusieurs jours la convocation de Karima Benyaich. Le chef du Parti populaire, Alberto Núñez Feijóo, s’est moqué de l’explication fournie par Sánchez lorsqu’il est apparu que l’ambassadrice n’était même pas à Madrid le jour indiqué.

La chronologie soulève une autre difficulté.

Les déclarations du ministre marocain de la Justice, Abdellatif Ouahbi, sur les « droits historiques » du Maroc concernant Ceuta et Melilla avaient bien été prononcées avant le 21 août. Elles pouvaient donc être à l’origine de la protestation espagnole.

En revanche, les propos du ministre des Affaires islamiques, Ahmed Toufiq, sur la « libération » des deux villes ont été tenus le 24 août en présence du roi Mohammed VI, soit trois jours après la convocation annoncée par Sánchez. Ils ne pouvaient donc pas avoir motivé la réunion du 21 août.

Après cette seconde déclaration, Madrid avait indiqué que José Manuel Albares échangeait quotidiennement avec son homologue marocain, Nasser Bourita, et lui avait transmis la position espagnole sur Ceuta et Melilla.

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Le gouvernement espagnol assure que l’essentiel reste la transmission au Maroc d’un rejet ferme de toute remise en cause de la souveraineté espagnole sur les deux villes.