Sebta : pour l’ancien patron du CNI, le Maroc voulait simplement rappeler à l’Espagne qui commande
L’ancien directeur des renseignements espagnols Jorge Dezcallar écarte toute implication américaine ou israélienne dans les passages massifs vers Sebta. Pour cet ancien ambassadeur à Rabat, le Maroc aurait voulu rappeler à l’Espagne le rapport de force entre les deux pays.
Jorge Dezcallar ne croit pas à une opération orchestrée par les États-Unis ou Israël. Interrogé ce lundi par Ràdio 4 et 2Cat, l’ancien directeur du CNI a directement désigné le Maroc : Rabat aurait voulu rappeler à Madrid « qui tient la poêle par le manche », rapporte RTVE.
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Son analyse pèse particulièrement dans le débat espagnol. Jorge Dezcallar a dirigé le CNI entre 2001 et 2004, mais il a surtout été ambassadeur d’Espagne au Maroc puis aux États-Unis.
Selon lui, Rabat aurait perçu un « léger changement d’attitude » de Madrid. Il cite l’octroi de la nationalité espagnole à certains Sahraouis, le rétablissement des relations avec l’Algérie et une plus grande indépendance espagnole sur le dossier du Sahara.
L’ancien diplomate inscrit ainsi les passages des 30 et 31 juillet dans un rapport de force politique. Quelque 72 000 entrées avaient alors été comptabilisées à Sebta. Pedro Sánchez a depuis reconnu l’échec des contrôles marocains à la frontière, sans accuser Rabat d’avoir organisé l’opération.
La piste russe, mais pas américaine ou israélienne
Dezcallar écarte en revanche les accusations lancées en Espagne contre Washington et Israël. Il estime que d’autres États peuvent avoir intérêt à provoquer des conflits entre Européens dans une zone aussi stratégique que le détroit de Gibraltar, visant cette fois la Russie.
Deux mois après les faits, il juge également « anormal » que les circonstances exactes des passages restent aussi mal établies. Il dénonce les conditions dans lesquelles des migrants vivent encore sur une plage de Sebta, qu’il compare à celles d’un camp au Soudan.
L’ancien patron du CNI attaque enfin la décision du gouvernement espagnol de déclassifier plusieurs rapports des services secrets sur la crise. Une « barbarie », selon lui, susceptible de révéler aux services étrangers les sujets suivis par l’Espagne, ses moyens et ses lacunes.
Sur Bladi.net : Crise de Sebta : après les soupçons contre le Maroc, un rapport espagnol ne trouve aucune preuve
Cette publication peut aussi aider un service étranger à resserrer ses recherches autour d’un collaborateur, d’une source ou d’un informateur du CNI. Dezcallar redoute que certains d’entre eux refusent désormais de continuer à travailler avec les renseignements espagnols.