72 000 passages à Sebta : l’Espagne avait prévenu le Maroc dès la veille

- 00h00 - Espagne - Ecrit par : Betty de G.

Le renseignement espagnol avait directement alerté la DGST et la DGED marocaines le 29 juillet, à la veille des passages massifs vers Sebta. Les appels détectés sur les réseaux sociaux réunissaient jusqu’à 180 000 abonnés.

L’avertissement figure parmi les 40 rapports, alertes et communications rendus publics mercredi 9 septembre par le gouvernement espagnol. Selon Reuters, le Centre national de renseignement espagnol (CNI) avait informé les deux principaux services de renseignement marocains dès le 29 juillet.

La note adressée à la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) et à la Direction générale des études et de la documentation (DGED) signalait des appels à entrer à Sebta le lendemain, en franchissant la clôture ou en contournant la frontière à la nage. Les organisateurs présumés voulaient profiter des célébrations de la fête du Trône, susceptibles de mobiliser une partie des forces de sécurité marocaines.

Sur Bladi.net : Six alertes avant le chaos de Sebta : Madrid était prévenu

Le CNI avait repéré deux groupes totalisant 180 000 abonnés. « Juste pour donner une idée de l’ampleur », précisait un agent espagnol dans un message déclassifié. Madrid connaissait déjà l’existence de cette mobilisation, alors que les services espagnols estimaient initialement que quelques milliers de personnes seulement pourraient tenter le passage.

Madrid conteste avoir été averti de l’ampleur

Le même jour, le CNI avait également transmis l’information à la délégation du gouvernement espagnol à Sebta. Les documents montrent donc que les services marocains comme les responsables espagnols avaient été prévenus d’une tentative imminente. Ils ne permettent toutefois pas d’établir comment Rabat a traité cette alerte.

Le gouvernement de Pedro Sánchez maintient qu’aucun avertissement ne permettait de prévoir une arrivée d’une telle ampleur. Le ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares, assure qu’il ne disposait d’aucune information annonçant une « avalanche » comparable à celle finalement observée les 30 et 31 juillet.

Les documents déclassifiés révèlent pourtant que la situation se dégradait depuis le 25 juillet. Dans la nuit précédant la crise, de nombreuses personnes attendaient déjà sur la côte marocaine avant de se jeter à l’eau. Une note du CNI rédigée le 30 juillet affirme également qu’aucune réponse marocaine véritablement proactive n’avait été constatée, au-delà du déploiement de quelques unités antiémeutes.

Sur Bladi.net : Sebta : la juge ouvre une enquête pour « guerre hybride » et met directement en cause le Maroc

Pedro Sánchez refuse toujours d’accuser Rabat d’avoir organisé les passages. Il a néanmoins reconnu que les forces marocaines avaient laissé franchir la frontière pendant une dizaine d’heures. Une enquête judiciaire espagnole cherche désormais à déterminer si cette arrivée massive relevait d’une opération coordonnée et qui aurait pu la diriger.