Un général espagnol aurait ordonné d’effacer toute référence au Maroc d’un rapport remis à la juge

- 10h00 - Espagne - Ecrit par : Nadia El A.

Un général de la Guardia Civil aurait ordonné de supprimer toute référence au Maroc d’un rapport destiné à la juge qui enquête sur les entrées massives à Sebta. Des sources internes affirment que le document contenait initialement des éléments mettant en cause des agents marocains.

L’accusation est révélée ce lundi matin par El Español, qui cite plusieurs membres de l’unité ayant travaillé sur le dossier. Le général Antonio Peláez Piñeiro, chef du renseignement de la Guardia Civil, aurait réuni ses hommes la semaine dernière pour leur demander que leur rapport ne suive pas la même ligne que celui de la Police nationale.

Ce précédent document avait provoqué une tempête politique en Espagne. Transmis à la juge María Tardón, il contenait notamment 32 photographies et soutenait que des agents marocains, en uniforme ou en civil, avaient activement guidé des migrants lors des 72 000 passages enregistrés vers Sebta les 30 et 31 juillet.

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Selon les sources de la Guardia Civil interrogées par le quotidien espagnol, leur propre travail allait initialement dans le même sens. Des agents de l’unité UCE-3 auraient notamment observé, grâce aux caméras du système de surveillance SIVE, la présence de membres des services marocains parmi les migrants.

Ces éléments auraient finalement disparu du document remis à l’Audience nationale. Des informations reçues avant le 30 juillet et faisant état d’un risque d’« entrée massive » auraient également été écartées.

Un rapport final de cinq pages

El Español affirme qu’après une première réunion avec ses hommes, Antonio Peláez s’est rendu auprès du directeur adjoint opérationnel de la Guardia Civil, le lieutenant-général Manuel Llamas. À son retour, il aurait de nouveau réuni l’équipe chargée du dossier. Des sources internes évoquent des « instructions politiques », sans que le journal établisse qui les aurait précisément données.

Le rapport final, signé par Antonio Peláez, ne compterait que cinq pages et ne contiendrait plus les références au Maroc présentes dans les travaux préparatoires.

L’affaire accentue surtout le contraste entre les différents services espagnols. La Police nationale a transmis à la justice un dossier attribuant un rôle actif à des agents marocains, tandis que le gouvernement continue de contester qu’il existe des preuves démontrant une organisation de l’opération par Rabat. Pedro Sánchez a néanmoins reconnu que les forces marocaines avaient laissé passer des migrants pendant environ dix heures avant de reprendre le contrôle de la frontière.

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La juge María Tardón cherche désormais à déterminer les circonstances exactes des événements des 30 et 31 juillet et si ceux-ci peuvent relever d’une atteinte à l’indépendance de l’État espagnol. Les conditions dans lesquelles les différents rapports policiers ont été rédigés pourraient désormais devenir elles-mêmes un élément sensible de cette enquête.