Bien avant Sebta, des élus européens voulaient déjà couper les financements au Maroc
La crise migratoire de Sebta a brutalement remis la coopération du Maroc avec l’Europe au centre des débats. Mais plusieurs semaines avant les événements du début août, des élus européens réclamaient déjà que les financements accordés à Rabat soient utilisés comme moyen de pression sur les expulsions.
Le premier signal est venu du Parlement européen. Le 2 juillet, l’eurodéputée néerlandaise Marieke Ehlers, membre du PVV et du groupe Patriotes pour l’Europe, adressait à la Commission européenne une question prioritaire au titre sans ambiguïté : « Financement par la BEI des infrastructures au Maroc et manque de coopération en matière de retour ».
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La question mettait directement en parallèle les investissements européens au Maroc et les difficultés rencontrées par certains États pour renvoyer des ressortissants marocains faisant l’objet d’une mesure d’éloignement.
Quelques jours plus tard, la pression devenait beaucoup plus explicite en Belgique.
Geler l’argent destiné au Maroc
Le 15 juillet, devant la commission des Relations extérieures de la Chambre belge, la députée Britt Huybrechts a demandé au gouvernement s’il était prêt à défendre le gel, ou au minimum le conditionnement, des financements de la Banque européenne d’investissement, de l’Union européenne et de la coopération au développement destinés au Maroc.
Dans le compte rendu officiel de la Chambre belge, elle demande précisément si la Belgique est prête à conditionner ces financements à des « résultats démontrables » en matière de réadmission, de coopération sécuritaire et de coopération judiciaire.
La députée s’appuie notamment sur les investissements européens dans les transports marocains. Elle cite le tramway Rabat-Salé, dont le coût total est évalué à environ 346 millions d’euros. La Banque européenne d’investissement avait également accordé en 2018 un prêt de 40 millions d’euros pour l’extension de la ligne 2.
Elle rappelle également que le Maroc doit recevoir environ 30 millions d’euros d’aide belge au développement au cours de la législature. Elle demande au gouvernement si cette enveloppe pourrait être supprimée tant que Rabat ne remplirait pas, selon elle, suffisamment ses obligations de réadmission.
Le gouvernement belge n’a toutefois pas suivi cette ligne. Le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot a rappelé devant la même commission que le Maroc constitue un « partenaire important » du voisinage sud de l’Union européenne.
Tout en reconnaissant l’importance d’une coopération efficace avec Rabat en matière de migration, de retour, de réadmission, de sécurité et de justice, il a souligné que les relations entre le Maroc et les pays européens dépassaient largement ces dossiers.
Le ministre a également averti qu’une interruption de la coopération au développement toucherait d’abord les bénéficiaires des programmes concernés et ne conduirait pas nécessairement à une meilleure coopération marocaine sur les réadmissions.
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Ces échanges prennent une autre dimension après les événements de Sebta. Avant même la nouvelle crise migratoire, l’idée de faire dépendre une partie de l’argent européen destiné au Maroc de sa coopération sur les expulsions était donc déjà ouvertement défendue par certains élus en Europe.