De Tanger à Dubaï, puis la Turquie : le nouvel exil des barons de la drogue du détroit

- 20h00 - Maroc - Ecrit par : L.A

Fuyant la justice, les grands narcotrafiquants du détroit de Gibraltar délaissent traditionnellement le nord du Maroc pour se réfugier à Dubaï. Aujourd’hui, cette luxueuse base arrière est menacée par les tensions géopolitiques et une nouvelle coopération policière.

Historiquement, le nord du territoire marocain constituait le sanctuaire privilégié des criminels en fuite opérant dans le détroit, à l’image d’Abdellah El Haj Sadek, surnommé le « Messi du haschisch ». Cependant, selon une enquête de El País, le passage de ces mafias locales au marché de la cocaïne les a poussées à délocaliser leur centre d’opérations vers les Émirats arabes unis depuis environ quatre ans.

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Parmi la douzaine de chefs identifiés dans cette métropole émiratie figurent plusieurs acteurs majeurs de la route marocaine. C’est le cas de « Tapi », un patron originaire de Ceuta. Un informateur révèle que cet individu possède une résidence à Dubaï, tout en continuant de se rendre régulièrement au Maroc. D’autres figures du trafic transitant par le détroit, comme Alejandro Salgado ou l’ancien pilote Sergio Mora, s’y sont également installées.

Si Dubaï a séduit ces criminels par son opulence permettant de blanchir des sommes colossales en toute discrétion, c’est aussi pour sa complexité judiciaire. Un agent espagnol spécialisé dans le crime organisé souligne la différence flagrante de collaboration internationale : face aux anciens obstacles administratifs émiratis, les enquêteurs constatent à l’inverse que « le Maroc a des liens et des communications qui nous permettent de manœuvrer ».

Cependant, ce refuge stratégique est en train de vaciller. Les récentes pressions de l’Union européenne concernant le blanchiment d’argent ont poussé les Émirats à changer d’attitude, facilitant de récentes extraditions vers la France et la Belgique. À ce revirement diplomatique s’ajoute l’instabilité régionale provoquée par la guerre impliquant l’Iran, Israël et les États-Unis, rendant la zone extrêmement incertaine.

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Face à des mandats d’arrêt internationaux devenus soudainement effectifs, le quotidien de cette élite de la drogue se complique. Alors que certains caïds négocient déjà leur reddition, le système judiciaire anticipe une nouvelle migration de ces narcotrafiquants. Les experts surveillent désormais de très près certaines régions de la Turquie, perçues comme le prochain asile de ces fugitifs.