Zakya Daoud tire des oubliettes : la mémoire militante des RME

- 18h09 - Maroc - Ecrit par :

Depuis que Zakya Daoud a quitté la défunte revue Lamalif et le Maroc avec, elle n’a cessé de le trimbaler dans ses projets d’écriture. Son accès à Paris à la Documentation française, où elle travaille à mi-temps, lui ayant facilité la tâche ardue de journaliste documentaire qu’elle affectionne tant, elle a enchaîné les projets ambitieux. Après Ben Barka, Abdelkrim, elle s’est attelée cette fois-ci à restituer la mémoire des travailleurs marocains en France, à travers "l’association laïque, démocratique et indépendante", issue d’Ilal Amam, l’ATMF.

Ayant le sens de l’hommage et de la symbolique, l’auteur entame son récit, ponctué de témoignages, à partir d’un défilé du 1er mai 2002, où la mémoire de Mehdi Ben Barka est fort présente. Une plongée est alors effectuée dans les années de militantisme, autour de la Maison du Maroc, le lien qui s’opérait alors avec le rêve de changement au Maroc, le détachement effectué envers l’approche élitiste et le rapprochement avec la classe ouvrière, délaissée par son pays et mal intégrée en terre d’accueil.

Des militants de la première heure, comme Haj Nasser, Raymond Benaïm et Rachid Smihi racontent leurs liens avec leurs frères d’armes au bercail, les premières ruptures qui s’opèrent, sur l’affaire du Sahara, et leur décision de mener leur bataille sur plusieurs fronts : droit d’intégration, droit à la biculturalité. Liés à un réseau de mouvements communistes en Europe, ces Marocains perpétuent dans la tradition française une lutte entamée dans les années 60, mais rompue par les années de plomb.

Avec l’avènement du gouvernement Youssoufi, certains de ces irréductibles militants sont venus chercher un terrain d’entente pour que les 800.000 RME soient traités à partir d’une politique homogène qui respecte leur dignité, leurs choix et leurs aspirations. Mais la discussion n’a jamais abouti. Le livre fait ainsi des va et vient entre les différentes batailles menées, des deux bords, pour les sans papiers, pour un débat maghrébin plus large, pour des causes qui cimentent la communauté, comme la cause palestinienne, ou des débats culturels qui permettent d’affronter avec suffisamment d’arguments et de conviction le déferlement ultra-nationaliste de Le Pen et consorts. Émaillé de témoignages précis, de bouts de parcours, mais aussi découpé de manière thématique, chronologiquement classé, ce livre tire de l’amnésie plusieurs pans de notre histoire qui se déroule loin géographiquement et dans la discrétion, faute de médiatisation.

TelQuel

  • Rencontre :"Travailleurs marocains en France, mémoire restituée"

    Une rencontre a été organisée jeudi à Casablanca autour du livre "Travailleurs marocains en France, mémoire restituée" de la journaliste et écrivaine Zakya Daoud.

  • Zakya Daoud

    Née Jacqueline Loghlan, Zakya Daoud fut la fondatrice en 1966 et la rédactrice en chef de Lamalif, un mensuel de réflexion, tiré à 12 000 exemplaires jusqu'à son interdiction en 1988 par le gouvernement marocain.

  • Zakya Daoud : Les "Marocains de l'autre rive"

    Zakya Daoud, journaliste, ancien rédacteur en chef de la revue marocaine Lamalif, signe son nouvel ouvrage, « Marocains de l'autre rive, les immigrés marocains acteurs du développement durable », paru aux éditions Tarik.

  • Publication : 'Marocains de l'autre rive' de Zakya Daoud

    Paru aux éditions Tarik, « Marocains de l'autre rive » est consacré à la vie de l'association « Migrations et développement » qui oeuvre particulièrement dans le domaine de la promotion sociale dans la région de Taroudant.

  • Marocains de l'étranger : "votre argent nous intéresse "

    Alors que les temps sont au « hrigue », Abdelkrim Belgendouz parle, lui, de maintien des attaches culturelles et institutionnelles des MRE avec leur pays d'origine.

  • L'Instance Équité et Réconciliation : Le casse-tête des disparus

    L'Instance Équité et Réconciliation prend le relais de la commission d'arbitrage. Si la première a accompli son travail d'indemnisation “indemnisations pour les préjudices moral et matériel, au profit des victimes et des ayants droit des déclarés disparus ou ayant fait l'objet de détention arbitraire", la deuxième a pour mission de se pencher sur le dossier particulièrement délicat des disparitions forcées de cette même période.

  • "Casa" le livre ordurier de François Salvaing

    Tout commence le 8 novembre 1942. Le jour le plus long pour le Maroc. Il s'agit du débarquement américain à Casablanca contre une Résidence politiquement et militairement acquise au gouvernement capitulard de vichy. L'affrontement est sanglant. Les pertes parmi la population civile sont énormes. Les choix politiques sont difficiles. C'est dans ce décor, celui de l'année de tous les dangers, que François Salvaing situe son roman “Casa", chez Stock.

  • Les Marocains de l'Etranger premiers financiers du parti "Al adl wal Ihssan"

    Tous les militants d'Al Adl Wal Ihsane la se de Cheikh Yassine : "Il faut de l'argent pour mener à bien notre action". La Jamaâ reçoit classiquement son financement par trois sources différentes : les dons des mécènes, la Zakat (10 % des biens de la personne) stipulé par l'islam et un prélèvement de 2,5 % sur le salaire des militants actifs. Al Adl s'appuie en outre sur une excellente organisation à l'étranger qui en fait, et de loin, la première force "politique" marocaine… en Europe.

  • Questions linguistiques et féminines : Femmes marocaines et langue Amazighe

    La question, oh combien complexe, de l'intersection entre « genre » et « langue », d'une part, et de la relation entre cette intersection et le statut général des femmes, d'autre part, est un sujet très peu débattu au Maroc bien que la citoyenneté et la condition des femmes dans ce pays multilingue et multiculturel soient étroitement liés aux langues marocaines et à leur usage.

  • Mohamed El Yazghi indemnisé pour les "années de plomb"

    Le chef des socialistes marocains et ministre de l'Environnement, Mohamed El Yazghi, a reçu de l'Etat 350.000 dirhams (32.000 euros) pour "préjudices subis" durant les "années de plomb", a-t-on appris lundi à Rabat.