Une réforme des pesticides pourrait faire disparaître les tomates marocaines d’Europe

- 13h00 - Maroc - Ecrit par : Betty de G.

Les exportations marocaines de tomates vers l’Union européenne pourraient tomber à zéro si Bruxelles appliquait ses règles les plus strictes sans adaptation des producteurs. Ce scénario extrême n’est pas une prévision, mais il chiffre un risque susceptible de déplacer 325 000 tonnes.

La Commission européenne envisage d’abaisser au seuil minimal détectable les résidus autorisés pour certaines substances particulièrement dangereuses déjà interdites aux agriculteurs européens. L’objectif est d’éviter que ces pesticides continuent d’entrer dans l’Union par l’intermédiaire de produits importés.

Le Centre commun de recherche de la Commission, ou JRC, a mesuré les conséquences économiques possibles d’un tel durcissement. Son rapport consacré à l’alignement des normes sur les pesticides identifie 18 substances actives pouvant être concernées, 235 produits agricoles et 86 pays exportateurs.

La tomate marocaine apparaît parmi les flux commerciaux les plus exposés. Les contrôles européens ont détecté dans les importations provenant du Maroc des résidus correspondant à huit des substances étudiées. Les chercheurs ne disposent toutefois d’informations confirmant leur autorisation au Maroc que pour deux d’entre elles.

Dans l’hypothèse la plus sévère, les producteurs concernés ne changeraient pas leurs pratiques et perdraient l’accès au marché européen. Les exportations marocaines de tomates vers l’Union chuteraient alors de 325 000 tonnes, soit 100 % du flux analysé.

Sur Bladi.net : Bruxelles calcule ce que de nouvelles règles pourraient coûter aux tomates marocaines : 195 000 tonnes

Ce résultat doit être lu comme une limite maximale et non comme l’annonce d’une interdiction. Le JRC précise que son travail n’est pas une étude d’impact réglementaire et que ses simulations encadrent plusieurs résultats possibles selon la capacité des exportateurs à remplacer les produits concernés.

Le Maroc, troisième exportateur mondial de tomates, pourrait ainsi continuer à vendre en Europe si ses producteurs modifient suffisamment leurs traitements et leurs méthodes de production.

Les tomates partiraient principalement au Royaume-Uni

La disparition des tomates marocaines du marché européen ne signifierait pas l’effondrement de la production au Maroc. Dans les trois scénarios examinés, le volume total produit dans le royaume resterait globalement inchangé.

Les 325 000 tonnes qui ne pourraient plus entrer dans l’Union seraient redirigées vers d’autres débouchés, principalement le Royaume-Uni. Le rapport décrit donc davantage un déplacement massif des échanges qu’une destruction de la filière marocaine.

Le choc toucherait également les consommateurs européens. Dans le scénario extrême, la disparition presque totale des importations concernées ferait progresser la production européenne de tomates de 8 %. Cette hausse permettrait de remplacer jusqu’à 82 % des volumes manquants, mais les prix payés par les consommateurs augmenteraient également de 8 %.

Une partie des tomates produites dans l’Union et habituellement exportées resterait sur le marché intérieur. Les exportations européennes reculeraient alors de 26 %, soit un peu plus d’un million de tonnes.

Sur Bladi.net : 2,8 milliards de dollars d’exportations marocaines dans le viseur potentiel des nouvelles règles européennes

Le scénario intermédiaire reste lourd pour le Maroc, mais moins radical. Il suppose que les producteurs peuvent remplacer les substances concernées moyennant un surcoût de 20 %. Les ventes marocaines à l’Union diminueraient alors de 195 000 tonnes, soit 60 %.

Dans cette hypothèse, la production européenne progresserait de 3 % et les prix augmenteraient dans les mêmes proportions. Les exportations de tomates de l’Union reculeraient de 11 %, une partie de la récolte étant conservée pour alimenter le marché européen.

Le troisième scénario prévoit une adaptation plus facile et limitée aux exploitations où les substances ont effectivement été détectées. La perte marocaine tomberait à environ 7 000 tonnes, soit seulement 2,2 % des ventes étudiées. La hausse des prix européens serait alors contenue à 0,3 %.

L’écart entre une disparition totale et une baisse de 2,2 % montre que l’avenir des tomates marocaines en Europe dépendra moins de l’annonce de la réforme que de ses modalités, du délai accordé aux producteurs et du coût des solutions de remplacement. Pour une filière qui vend déjà ses tomates moins cher que l’Espagne et les Pays-Bas, l’adaptation aux futures exigences européennes pourrait devenir la condition du maintien de cet avantage.