Amar Belani et le Maroc : 5 tribunes sur 13, une histoire d’amour à sens unique
L’ancien diplomate algérien Amar Belani semble avoir trouvé son grand sujet : le Maroc. Cinq de ses treize dernières tribunes lui sont directement consacrées. Une remarquable fidélité éditoriale, même si le royaume, ingrat, ne paraît pas partager cet attachement.
Il existe des passions discrètes et d’autres qui s’expriment plusieurs fois par semaine. Celle qu’Amar Belani entretient pour le Maroc appartient manifestement à la seconde catégorie. L’ancien ambassadeur algérien ne manque jamais très longtemps un rendez-vous avec Rabat.
Au 18 septembre sa page d’auteur sur TSA rassemble treize tribunes publiées depuis le 20 août. Cinq portent directement sur le Maroc ou le Sahara. Près de 40 % de sa production récente : à ce niveau de régularité, il ne s’agit plus d’une simple curiosité diplomatique, mais d’une véritable fidélité éditoriale.
Sur Bladi.net : Amar Belani, chargé du Sahara, répond au Maroc
Il faut dire que l’histoire vient de loin. Amar Belani a été envoyé spécial de l’Algérie chargé du Sahara occidental et des pays du Maghreb, avant d’être promu secrétaire général du ministère algérien des Affaires étrangères. Les fonctions ont changé, mais le dossier marocain, lui, n’a jamais vraiment quitté son bureau. Il semble seulement avoir été déplacé de la valise diplomatique vers la chronique de presse.
Depuis le 25 août, le Maroc apparaît successivement dans une tribune sur les accords d’Abraham, dans un texte sur la « capacité de nuisance de Rabat », puis dans un « tour de passe-passe juridique » attribué à Bruxelles. S’ajoutent une loi espagnole présentée comme un « sérieux revers » pour Rabat et, dès le lendemain, un nouveau réquisitoire contre le « grand numéro d’équilibriste » marocain. Quatre déclarations en l’espace de dix jours : même les histoires les plus passionnelles connaissent parfois des pauses plus longues.
L’Espagne change de rôle selon les besoins
Cette relation contrariée réserve aussi quelques variations intéressantes. Le 3 septembre, Amar Belani décrit une Espagne « tétanisée » par le Maroc. Madrid aurait tellement peur des représailles marocaines qu’elle préférerait « courber l’échine ». Pedro Sánchez serait faible, prudent et presque paralysé devant les redoutables leviers de Rabat.
Dix jours plus tard, changement de décor. Dans une nouvelle tribune consacrée au Maroc et à l’Espagne, le même pays devient une démocratie au fonctionnement parfaitement normal : son Parlement vote librement, sa justice enquête et sa presse commente. Cette fois, c’est Rabat qui serait incapable d’accepter l’indépendance des institutions espagnoles.
En une dizaine de jours, l’Espagne est donc passée d’un État paralysé par la peur du Maroc à une démocratie souveraine qui lui tient tête. Les sentiments sont ainsi faits : lorsque le scénario change, les personnages doivent parfois apprendre très vite un nouveau rôle. TSA prend d’ailleurs soin de préciser que ces tribunes expriment les opinions de leur auteur et non celles de sa rédaction. N’est-ce pas à Rafik Tadjer ?
Sur Bladi.net : Amar Belani porte de nouvelles accusations contre le Maroc
Cette attention n’est pas une passion récente. En mars 2022 déjà, Bladi relevait qu’Amar Belani « chargeait le Maroc » dans une nouvelle déclaration. Quelques mois plus tard, il accusait encore Rabat de « ruiner » les efforts de l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara. Les années passent, les fonctions diplomatiques disparaissent, mais le vocabulaire reste remarquablement fidèle.
Le Maroc est tour à tour décrit comme menaçant, contrarié, humilié, déstabilisé, belliqueux ou pris à son propre jeu. Pourtant, à lire cette succession de tribunes, une autre réalité finit par apparaître : celui qui semble consacrer le plus d’attention à Rabat n’est peut-être pas toujours celui que l’auteur désigne.
Amar Belani peut donc être rassuré : même après la fin de ses fonctions, son ancienne spécialité ne risque pas de lui manquer. Le Maroc continue d’occuper une place privilégiée dans son agenda. Une histoire d’amour à sens unique, certes, mais entretenue avec une constance qui force presque l’admiration.