6.500 DH la soirée « chaude » dans un ryad à Marrakech

- 16h25 - Maroc - Ecrit par :

Deux journalistes infiltrent un réseau organisé de prostitution masculine et féminine. La connivence des agences de gestion des maisons d’hôte n’est pas prouvée. Les autorités marrakchies se disent « préoccupées mais impuissantes ». Ceux qui prétendent que Marrakech est une ville de plaisirs ont-ils vraiment tort ? A côté de sa réputation touristique, la ville ocre s’est forgée ces dernières années celle d’une « cité permissive ». Curieusement, cette renommée a pris de l’ampleur avec le foisonnement des ryads, appartenant généralement à des Européens, mais qu’en est-il exactement ? La ville en compte aujourd’hui 400 selon les statistiques de l’année 2000.

Une partie est directement gérée par les propriétaires eux-mêmes, une deuxième confiée à des intermédiaires (samsara) et une troisième est gérée directement par deux agences : Marrakech Médina et Riads du Maroc.

Les rumeurs concernant l’atteinte aux bonnes moeurs s’amplifient. Les Marrakchis en font un bon sujet de discussion. Il est question, dans certaines maisons d’hôte, de « réseaux de pédophilie », de « prostitution masculine ou féminine », de « clubs d’échangistes » et de tournage de films pornographiques.

Ces pratiques ne sont pas uniquement propres à Marrakech. Casablanca est aussi célèbre dans ce domaine. La police des moeurs a d’ailleurs procédé, ces dernières semaines, à plusieurs arrestations. Reste que la situation des ryads à l’intérieur de la médina de Marrakech, dans des quartiers populaires et pauvres, fait qu’ils soient plus pointés du doigt. Un reportage paru en juillet 2001 dans le magazine français L’Express a évoqué un choc de cultures produit par des comportements qui ne respectent pas l’environnement pudique de la médina. Ainsi peut-on lire : « Avant les femmes marocaines se parlaient d’une terrasse à l’autre, mais si c’est pour voir un Français bedonnant, un verre d’alcool à la main autour d’un bassin, ce n’est pas la peine », écrit sans nuance la revue française.

Les autorités de Marrakech sont, comme elles l’affirment, « particulièrement préoccupées » par ce sujet. Aujourd’hui, faute de preuve directe et parce que les ryads ne sont pas encore soumis à une réglementation propre, ces autorités ont « les mains et les poings liés ».

Une liste de plusieurs ryads douteux circule. Des professionnels qui ont requis l’anonymat en ont remis une copie à L’Economiste. Des recoupements ont permis d’établir que la majorité de ces adresses sont gérées par Marrakech Médina. L’agence de location et de gestion des ryads est un organisme maroco-franco-belge qui, à l’origine, avait été créé pour « sauver le patrimoine de la médina ». L’un de ses fondateurs est Quentin Wilbaux, architecte belge et « grand défenseur » du patrimoine marrakchi. Le dirigeant actuel de l’agence, Abdelmoula Ouarzazi, jouit, paradoxalement, d’une réputation exemplaire dans sa ville.

« Il s’agit de pures allégations qui ont pour objectif de nuire à l’activité », avance de son côté Serge Meadow, directeur des Riads du Maroc faisant allusion aux hôteliers et restaurateurs qui « ressentent fortement la concurrence des ryads ». Pour d’autres, en l’occurence Didier Viquaire, vice-président de l’Association des maisons d’hôte, « ce ne sont que des fantasmes, des histoires montées de toutes pièces ». Les opérateurs n’en sont pas entierement convaincus. « Il y a certainement des cas mais pas à la médina qui est très surveillée que ce soit par les agents d’autorité ou par le voisinage ».

L’Economiste a tout de même pu infiltrer un réseau. Les auteurs de cet article se sont présentés à l’agence Marrakech Médina, en tant que couple en quête de « plaisirs non conventionnels ».

Le contact avait été pris la veille et un rendez-vous fixé pour le lendemain. C’était un dimanche matin. Deux jeunes, un garçon et une fille, se chargeaient de l’accueil. Après les salutations de circonstances, les agenciers se sont montrés disposés à faire visiter des maisons disponibles. Ils s’éclipsent une dizaine de minutes pendus à leurs téléphones. Changement alors de comportement. « Nous ne pouvons pas répondre à votre requête et héberger un couple non marié ». Nous insistons : « Nous voulons surtout une préparation à la carte de la maison et l’organisation d’une soirée comme c’est indiqué sur votre site Internet ». Les gérants se retirent encore une fois. De nouveaux coups de fil et enfin une réponse : « Nous ne pouvons satisfaire votre demande mais en revanche, voici le numéro de téléphone de quelqu’un, prêt à le faire ». L’employée explique que l’agence fait appel à cette personne en cas de « surbooking ».

Le contact fut facilement pris avec cet intermédiaire, Monsieur F, joint sur son GSM et qui a déclaré être « capable de satisfaire tout genre de demande ».

Le rendez-vous fut pris au café la Koutoubia. F tarde à venir et se fait précéder par « son cousin » qu’il rejoint vingt minutes plus tard. Ils se présentent tous les deux comme des restaurateurs et gérants d’une trentaine de ryads. F ne travaille quasiment qu’avec des clients étrangers pour « leurs besoins spéciaux », et exceptionnellement avec des Marocains. C’est le bouche-à-oreille qui fonctionne pour cet intermédiaire, vers qui Marrakech Médina, affirme-t-il, « aiguille des clients moyennant une commission ». Faux ! tonne Ouarzazi. « L’agence ne touche pas de commissions et nous refusons même de travailler avec les guides pour éviter ce genre de pratique ». Toujours est-il que nous avons bel et bien été orientés par les employés de l’agence vers F, l’intermédiaire. S’agit-il de transactions de personne à personne ?
Petit de taille et corpulent, F a affirmé être prêt à tout. En tout cas, il n’était nullement surpris par la commande particulière que nous lui avons faite : une orgie avec au menu des minettes, des homosexuels et des danseuses ! Bref, une soirée de débauche. « Facile à faire. Accordez-moi deux heures ». Il suffit de montrer son argent. Il proposa tout de suite de visiter le ryad qui abritera la soirée. Son nom colle parfaitement à l’usage auquel l’intermédiaire F le destinait : Riad le Plaisir. Appartenant à un Italien, il est géré par un Marocain. Le ryad en pleine médina est au quartier Laksour. Mais on peut y accéder par la place Jamâa El Fna. C’est le chemin emprunté par F.

Une fois sur place, le ryad s’avère être une « dar » sobre avec un petit patio, mais d’une finition très jolie. Celle-ci dispose, sur deux étages, de quatre chambres à coucher, autant de salles de bains, une salle à manger, un salon et une terrasse.

Après une visite des lieux, les deux organisateurs de la soirée annonce la couleur : 6.500 DH pour la prestation en plus d’une rémunération « des convives spéciaux », laissée à la générosité des intéressés. Les prix ne sont pas négociables. Il était 18 heures. Les organisateurs promettent de nous préparer notre soirée. « Les touristes aux moeurs légères » en resteront là. Nous ne pouvions pas continuer la comédie.

Source : L’Economiste

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