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Femmes de ménage sur le trottoir

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13 mai 2002 - 13h31 - Maroc

A Marrakech, des femmes de ménage à la recherche de quelques heures de travail glissent peu à peu dans la prostitution. Patrons ou clients, la différence n’est pas très grande mais ces non professionnelles, qui ne savent pas se protéger, risquent de contracter et de propager le Sida.

Chaque matin à côté du marché central des quartiers chics de Marrakech, une soixantaine de femmes attendent sur le trottoir dans l’espoir de trouver quelques heures de travail comme femmes de ménage. K. M. est l’une d’elles. "Je suis prête à accepter n’importe quel travail, dit-elle. Le problème que nous rencontrons chez les gens avec qui on travaille, c’est qu’on nous oblige à avoir des relations sexuelles non légales."

D’après une Ong locale, qui a d’abord cherché en vain à les organiser, la majorité de ces femmes est analphabète. 39 % d’entre elles sont mariées et ont plus de cinq enfants mais leurs conjoints sont inactifs ou travaillent de façon occasionnelle ; 45 % sont divorcées ou ont été abandonnées par leurs maris et 13 % célibataires. Les offres d’emploi étant rares, leurs chances de trouver du travail sont minces. "On ne travaille que deux ou trois fois par semaine", dit l’une d’elles qui attend son tour depuis plus de cinq heures.

Sans statut ni couverture sociale, la plupart vivent totalement marginalisées dans des conditions lamentables. Comme cette femme qui ne veut pas dire son nom. Elle loge avec toute sa famille dans une seule pièce de 12 m² qu’elle loue très cher.

"Qui va nous payer le loyer ?"

Exposées à longueur de journée au regard équivoque des hommes, mal payées pour leurs services, un grand nombre d’entre elles (sept sur dix selon l’Ong) glissent insensiblement vers la prostitution. Une vieille femme du groupe s’indigne : "Moi, je ne peux jamais faire entrer de l’argent sale à ma demeure ! Jamais c’est interdit par la loi islamique". Mais les moins âgées se montrent plus nuancées. "Qui va s’occuper de nos parents et enfants ? Qui va nous payer le loyer ? Nous ne sommes pas des prostituées (rires). Nous voulons simplement vivre", réplique une jeune dame.

Le drame c’est que certaines risquent d’en mourir. Ne se considérant pas comme des prostituées même si elles cèdent aux avances de leurs employeurs contre de l’argent, elles courent le risque de contracter des maladies sexuelles et même le Sida. Elles ne se protègent pas. L’une d’elle explique que les hommes avec qui elle "travaille" n’aiment pas utiliser les préservatifs ! Mal informées, leurs fausses croyances leur font aussi courir de grands risques. "Je ne serai jamais atteinte du Sida parce que je ne couche qu’avec des gens de race blanche", dit l’une d’elles, persuadée que cette maladie ne frappe que les Noirs.

Si elles attrapent une maladie sexuellement transmissible, la plupart n’ont pas les moyens de se soigner. Pour elles, toutes les maladies sexuelles sont guérissables avec des plantes médicinales et rien que des plantes.

De telles certitudes, estime Naima Elatlassi, responsable de l’Association locale de lutte contre le Sida, constituent un réel danger pour elles mais aussi pour leurs patrons et clients.

Source : syfia.com

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