Le calvaire des recalés de l’émigration clandestine

- 08h54 - Espagne - Ecrit par : L.A

Depuis que les centres d’accueil, dans les enclaves de Sebta et Mellilia, au Nord du Maroc, ont été fermés, les candidats subsahariens qui ont opté pour cette voie se sont retrouvés pris au piège au Maroc.

“Si c’était à refaire, je ne me serais jamais hasardé à quitter mon pays pour tenter l’Europe ! ” Cette remarque d’un jeune de 25 à 30 ans-la fleur de l’âge-en dit long sur les difficultés vécues, chaque jour par toute une communauté de Noirs Africains, en transit au Maroc, sur le chemin d’un hypothétique Eldorado européen.

Je crois que nous serons incapables de vous relater dans les détails, ce que nous vivons depuis notre arrivée ici, murmure Mody L. les larmes aux yeux ! Il poursuit tant bien que mal, que “pendant 72 heures, nous restons pratiquement sans vivres et sans manger !”
A l’origine, tous ces jeunes, dont le sort choque presque tout le monde, ont parcouru entre 3.500 et 4.000 km, dans des conditions inhumaines pour regagner le Nord du Royaume du Maroc. La plupart des témoignages font état d’un financement du voyage à partir d’économies de plusieurs années, souvent amassées par plusieurs familles. Avec l’espoir que les anciens casent les nouveaux arrivants de ces familles contributrices, la cohérence de ce type de mutuelle avait vite été trouvée. Hélas, avec les déconvenues de ces dernières années, le système est bloqué.

Si pendant la traversée du désert sur des véhicules de fortunes (camions, et autres guimbardes, à défaut de charrettes à chameaux), les candidats à l’émigration avaient cru tout voir, leur séjour au Maroc prend des allures d’enfer au quotidien.

N’ayant pas le statut de réfugié, ces jeunes ne peuvent prétendre à la carte de séjour. Sans cette dernière, sorte de sésame ici, toutes les portes sont quasi-fermées. Et au moindre contrôle, à la moindre interpellation, ils risquent de finir au violon. Aussi, aucune assistance de quelque nature que ce soit ne leur est accordée. N’eussent été quelques âmes charitables qui leur accordent, de temps à autre, une pièce ou deux, ils crèveraient de faim. Certes, nous avons croisé, quelques-uns qui reçoivent un petit pécule de leurs familles, mais qui reste dérisoire, puisque le coût de la vie est plus cher dans le pays de transit. L’un d’eux s’indigne à constater que rien n’est gratuit (l’eau, le logement, la nourriture…). Ce qui est pire, dit-il, devenant d’un coup plus grave, c’est cette incapacité à se faire soigner en cas de maladie. “On n’y pense même pas, malgré le froid en hiver. Si jamais, nous arrivons à avoir auprès de médecins compréhensibles, une consultation gratuite, personne ne nous achète les médicaments”, déplore-t-il.

Représentations aux abonnés absents

Le pire est arrivé. Il y a eu des cas de décès ! D’après nos interlocuteurs, certains de leurs co-émigrants ont fini leurs jours ici, “morts et enterrés”, selon leurs propres termes.

Lorsque nous évoquons leurs représentations diplomatiques et ambassades à Rabat, ils rétorquent un mépris aussi malsain qu’incompréhensible de la part de celles-ci. John, un jeune Ghanéen de 28 ans en haillons, croisé au marché, non loin du lycée Lyautey, en train de tendre la main (voir Témoignage en Encadré) nous explique qu’il y a huit mois, il s’est fait carrément chasser de son ambassade à Rabat ! Même les règlements de comptes, les bagarres, les vols et peut-être les liquidations, que nous vivons n’aboutissent à aucune justice…, fait remarquer Ekwan, dans un pidgin très amoché.

Débrouille, misère et mépris, en attendant

“ Notre seule solution, une fois sur place, c’est de nous résoudre à mendier, parce que nous ne trouvons pas de travail, et presque aucune association ne nous vient en aide vraiment”, avoue sans complexe Kader, 23 ans, Nigérian. Alors disent-ils, ils comptent sur des âmes charitables. Cela se complique, lorsque de jeunes dames, le bébé sur le dos, tendent la main dans la rue.

Généralement anglophones, ces misérables d’un nouveau genre, peut-être victimes de l’errance politique de leurs dirigeants despotes, totalement dépourvus de stratégie de développement économique, vivent une situation extrêmement difficile. Leurs points de chute sont le plus souvent aux abords des mosquées, à condition qu’elles soient un peu éloignées du centre ville, où ils craignent la rafle des forces de l’ordre. L’itinéraire de ceux qui chutent, varie entre le vol charter de rapatriement et la prison, suivie d’un renvoi vers la frontière algérienne. Dans les quartiers périphériques, à Oukacha, derrière Hay Hassani, à Lissafa, à Sidi Marouf, jusqu’à la mosquée du grand cimetière Rahma à la sortie de Casablanca, avant d’arriver à Dar Bouazza, mais aussi au niveau des ronds-points Bir Anzarane, à l’entrée de la Jotaya de Derb Ghallef…, il n’est pas rare de voir ces jeunes, ou pire, des jeunes femmes avec des bébés sur le dos faire la manche ! Cette vie, mêlée de débrouille et de misères, ne nous va pas ! s’indigne cette jeune mère-célibataire.

Aujourd’hui, tout ce que je demande, c’est de retourner chez moi, quitte à galérer là-bas ! a-t-elle martelé, tout en sanglotant.
Le problème est donc très sérieux. Des solutions existent à condition que les pays émetteurs et de destination jouent le jeu. Le tout répressif a montré ses limites. Quant à la fuite programmée des cerveaux, c’est pire que la détérioration des termes des échanges. Certains observateurs trouvent qu’il faudrait prendre le problème à bras le corps et décréter un véritable Plan Marshall au profit des pays émetteurs.

La Nouvelle Tribune

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