Le chef alsacien était un Marocain sans papiers

- 00h02 - France - Ecrit par : L.A

Un Maghrébin en situation irrégulière travaillait depuis 1998 dans le même restaurant. Il risque d’être expulsé.

Abderrahim El-Qaizy, second de cuisine depuis dix ans dans l’une des institutions de la ville, Au Vieux Mulhouse - où Nicolas Sarkozy s’est rendu il y a quelques mois - est en réalité un sans-papiers menacé d’expulsion. Son histoire est semblable à celle de milliers d’autres sans papiers à travers l’Hexagone. Lorsqu’en janvier dernier, son patron, Jean-Michel Pinheiro, président des restaurateurs de Mulhouse a découvert la nouvelle, il est resté sans voix.

Il a pourtant décidé de garder son employé modèle. Mais il y a quelques jours, une lettre de la direction départementale du travail et de l’emploi l’a obligé à revenir sur sa décision et à suspendre le contrat de travail. « Je risque de payer des amendes jusqu’à 5 000 fois le smic, sans parler des poursuites pénales, s’inquiète-t-il. Mais dès que sa situation est régularisée, je le reprends sur-le-champ. »

Étudiant à Strasbourg

Depuis dix ans, il paie scrupuleusement toutes les cotisations de son spécialiste de la choucroute et de la fleischnnacka, comme celles de ces 26 autres salariés, sans soupçonner à aucun moment qu’il était dans l’illégalité. Dans un français parfait, Abderrahim raconte son histoire. En 1989, il débarque de son Maroc natal pour étudier à la faculté de Strasbourg. En 1993, faute de bons résultats, son titre de séjour n’est pas renouvelé. Il se retrouve sans papiers. Il ne veut pas rentrer pour autant. Il a des fiches de paie, une carte de sécurité sociale, des avis d’impositions. En tant qu’étudiant, il avait accès au marché du travail à mi-temps.

Ses premiers employeurs, guère regardants, l’embauchent à temps complet. En 1998, il répond à une annonce du restaurant Au Vieux Mulhouse et est embauché comme commis de cuisine. Il présente ses anciens contrats, sa carte de sécu et fait bonne impression. Abderrahim promet qu’il apportera plus tard sa carte de séjour au patron qui la lui demande... Depuis, tout le monde a oublié qu’il est étranger, à commencer par Abderrahim lui-même.

En 1997, au moment de la régularisation de Jean-Pierre Chevènement, il dépose une demande. Essuie un refus. En avril 2006, il tente à nouveau sa chance. À l’heure de l’immigration choisie, il espère que sa parfaite intégration dans un secteur en pénurie d’emplois plaidera en sa faveur. Pas de réponse. Il ignore que passé un délai de quatre mois, le silence vaut refus implicite. La régularisation des familles d’enfants scolarisés occupe le devant de l’actualité, il pense qu’une fois ces dossiers réglés son tour viendra.

« J’avais honte »

Mais, convoqué en décembre 2006, il se retrouve en centre de rétention. Il y passera près de trente jours car il refuse d’embarquer. « J’ai appelé mon patron pour lui dire que j’étais malade », raconte-t-il. À sa sortie, avec un arrêté de reconduite à la frontière exécutoire à tout instant, il a dû dire la vérité à son patron. Sa compagne et ses voisins ont eu du mal à le croire. « J’avais honte, confie-t-il, je ne voulais pas que cela se sache. »

Fier de son bel appartement et de ses 1 500 euros net par mois, il dit ne pas avoir souffert de sa vie clandestine. Sauf lorsqu’il s’est fait agresser un soir et qu’il n’a pas osé porter plainte. Il n’a pas pu, non plus, assister à l’enterrement de ses parents car il ne pouvait quitter le territoire. Désormais, il attend une mesure de clémence et un réexamen.

Le Figaro - Marie-Christine Tabet

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