Argan : Le label Maroc menacé ?

- 13h23 - Maroc - Ecrit par : L.A

Ça traîne pour l’élaboration du cahier des charges concernant le processus de protection de l’argan. En effet, après l’adoption de la loi relative aux signes distinctifs d’origine et de qualité des produits agricoles et des denrées alimentaires le 23 janvier dernier, coopératives et industriels du secteur ne trouvent toujours pas de terrain d’entente.

Le premier pas dans ce sens avait été entrepris par la Fondation Mohammed VI pour la recherche et la sauvegarde de l’arganier. Elle a été promotrice et coordinatrice du projet pour la mise en place d’une indication géographique (IG) pour l’huile d’argan. Elle tente d’ailleurs de méditer entre les deux parties en vue d’accélérer le processus. Elles ont tout à y gagner puisque l’IG permettra une traçabilité maximale et constituera un gage de la qualité du produit. L’enjeu est de taille. Il faut se dépêcher pour arrêter la prolifération des faux produits étiquetés d’origine et, surtout, stimuler les exportations. Il faut savoir que certains commerçants n’hésitent pas à acheter les amandes d’argan pour ensuite en fabriquer une huile, qui portera l’indication made in Tunisia ou made in Israel. Les prix grimpent à des sommes importantes, jusqu’à 500 euros le litre.

Par ailleurs, à côté des dattes, artisanat et autres produits du terroir à protéger, la culture de l’argan ou or vert, comme l’appellent certains, est menacée par plusieurs facteurs, le plus flagrant étant la déforestation des arganeraies. Il faut savoir que près de 600 hectares de terres d’arganier disparaissent par an, et que près de 2,5 millions de personnes subsistent directement ou indirectement grâce à ce produits et ses dérivés. Les chèvres mangent les amandes, mais les gens se servent aussi du bois des arbres pour se réchauffer en hiver. La Fondation a donc lancé des projets pour préserver cette ressource. Ainsi, l’on a eu recours à l’énergie solaire à travers une opération pilote menée à l’école de Sidi Bouzekri. Les habitants ont bénéficié de cuiseurs fonctionnant à l’énergie solaire pour les cantines scolaires. Le coût du four est de 80 euros.

Une bonne initiative si l’on sait que ce genre d’énergie permettra d’économiser jusqu’à 100 hectares de forêts d’arganier. Des arganeraies dont l’étendue actuelle est évaluée à 820.000 hectares dont 740.000 dans la région de Souss-Massa-Draâ. D’ailleurs, pour favoriser la replantation des arbres, qui demandent du temps, certaines terres sont « réquisitionnées ». Les propriétaires n’ont plus le droit d’exploiter leurs terres pendant une certaine période. Ils perçoivent tout de même des indemnités de reboisement à raison de 350 DH par hectare et par an.
L’évaluation de cette opération est prévue à la fin de cette année. Il faut savoir qu’en France par exemple, tous les produits de terroir portent l’inscription IG. En Europe, le sujet est pris très au sérieux. Les IG font vivre plus de 130.000 exploitants agricoles en France et 300.000 en Italie. Et c’est sûr que si le procédé au Maroc suit son cours normal, « l’IG va permettre de lutter contre les produits trafiqués, les magouilles et les fraudes », explique le Pr Katim Alaoui, DG de la Fondation. Cet organisme œuvre d’ailleurs pour préserver cette culture nationale et protéger les populations qui vivent avec. Et sa 4e AG aura probablement lieu à Essaouira, au cours du festival des Alizés (mai prochain).

A vos brevets !

Des bruits couraient selon lesquels le géant de la cosmétique, L’Oréal, aurait fabriqué des produit à base d’argan et désirait se saisir du label. « Nous n’avons aucune information sur ce sujet », confie le Pr Katim Alaoui. En tout cas, plusieurs producteurs utilisent l’argan dans leurs produits, soit comme clé de préparation ou excipient (vecteur du principe actif). Il est impossible cependant de les lister tous. Les laboratoires Pierre Fabre, pionniers de l’utilisation des fruits de l’arganier depuis plus de 20 ans, ont déjà à leur actif 4 brevets.

Arganothérapie

C’est un concept mis en place à l’image de la vinothérapie, qui exploite les propriétés bénéfiques des raisins sous forme de bains, massages ou traitements pour limiter les marques de l’âge, retrouver la forme, ou se détendre. Pour l’arganothérapie, c’est aussi une gamme de soins qui est proposée aux clients. En plus, ils rentrent en contact direct avec les producteurs : des circuits en arganeraies, avec haltes de dégustation et massage. La Fondation a déjà tenté l’expérience avec le groupe Colony Capital. Tout partenaire est le bienvenu, car il n’y a pas d’exclusivité. En contrepartie, l’investisseur doit prendre en charge la mise à niveau des arganeraies pour une meilleure autonomie et gouvernance des producteurs, surtout les femmes. « Elles sont allergiques à l’assistanat et leur dignité est importante », tient à souligner le Pr Katim Alaoui.

L’Economiste - Sara Badi

  • Premier médicament marocain à base d'argan

    Un médicament à base d'argan ? C'est pour bientôt ! De nouvelles vertus viennent s'ajouter à l'actif de l'argan, après ses bienfaits pour la peau et l'hypertension. En effet, l'argan a aussi des propriétés sédatives, analgésiques et anti-inflammatoires. Ces nouvelles propriétés, découvertes par le Pr Katim Alaoui, DG de la Fondation Mohammed VI pour la recherche et la sauvegarde de l'arganier, et responsable de l'équipe de recherche de toxico-pharmacodynamique, ont d'ailleurs été brevetées par elle en 1997.

  • Envoyé spécial parle de l'huile d'argan, nouvel or du Maroc, ce soir sur France 2

    L'huile d'argan, c'est la nouvelle star des spas. Les masseurs ne jurent que par elle et les clients réservent des semaines à l'avance leur séance de massage dans les salons de luxe. Ils veulent profiter des bienfaits de cette huile que l'on nous vend comme le nouveau produit miracle.

  • L'huile d'argan, un nouveau cosmétique

    L'huile d'argan, produit ancestral, a fait une entrée remarquée dans les grandes surfaces, en parapharmacie et sur Internet. En ces temps de "retour à la nature", cet "élixir" du Maroc issu des fruits de l'arganier - arbre endémique du Sud-Ouest marocain - fait le bonheur des femmes occidentales en quête de produits de soin sans chimie et de secrets de beauté exotiques. "C'est un vieux principe actif remis au goût du jour, résume Anny Cohen-Letessier, dermatologue.

  • Un Normand développe l'huile d'argan du Maroc

    Le Rouennais et fils d'anciens expatriés de Casablanca, Benoît Robinne, patron de la société Absim France et de sa filiale Absim Maroc, donne un nouveau souffle commercial à l'huile d'argan, l'huile la plus chère au monde, l'or vert du Royaume

  • Soleil d'Argan

    Gamme de soins corps et visage à base d'huile d'argan.

  • Le Maroc a perdu l'exclusivité de la marque "Argan"

    « Il faut absolument interdire les exportations de grains d'arganier ou du moins les taxer, car cela diminue la compétitivité du Royaume ». Zoubida Charrouf, la spécialiste du secteur, très impliquée dans le domaine depuis longtemps, est catégorique à ce sujet. Selon d'autres professionnels, beaucoup de pays importent les amandons du Royaume pour produire de l'huile d'argan chez eux. A l'étranger et particulièrement en Europe, on se retrouve avec de l'huile made in différents pays tels que la Tunisie, la France, l'Espagne et Israël.

  • Artisanat : Le label Maroc mal défendu à Francfort

    Le Maroc a raté, encore une fois, une occasion de défendre son label à l'international. Avec à peine cinq exposants marocains à Ambiente 2008, la plus grande foire internationale des biens de consommation, la participation marocaine passe quasiment inaperçue. Les cinq entreprises, toutes des PME du monde de l'artisanat, devaient, à elles seules, défendre le label Maroc à Francfort face aux majors mondiales de l'industrie des grands biens de consommation.

  • Banques, les produits islamiques, un flop ?

    Depuis qu'Attijariwafa bank (AWB) a ouvert le bal des produits alternatifs, en octobre dernier, plusieurs autres banques s'y sont mises. Les lancements successifs de ces produits bancaires « halal » se sont toutefois effectués sans tambour ni trompette. A l'instar de la première banque citée, toutes les autres que nous avons contactées, en l'occurrence BMCE Bank, Banques populaires, BMCI..., se sont montrées plutôt discrètes et hésitent à communiquer sur le sujet, presque comme s'il s'agissait d'un tabou.

  • A qui profitent les accords de libre échange ?

    Un si bien inquiétant constat que partagent professionnels et gouvernement : le gravissime déficit de la balance commerciale. Un constat dressé lors de la toute récente entrevue qu'a eue l'Association des exportateurs marocains avec le ministre de l'Economie et des Finances. En effet, à fin 2007, le déficit commercial s'est établi à 134,6 milliards de DH. Selon l'Office des changes, il est le résultat d'une évolution de 7,5% des exportations (122 milliards de DH) et de 22% des importations (257 milliards de DH).

  • Economie sociale : Plus de coopératives mais moins de dynamisme

    Le nombre de coopératives a augmenté en 2006. Les statistiques viennent de tomber... avec un très grand retard. L'année 2006 a été riche en création de coopératives. Peut-être doit-on y voir un sursaut solidaire après une prise de conscience tardive des bienfaits de l'économie sociale ? Pas sûr en fait. Il y a, certes 5.276 nouvelles coopératives nouvelles, ce qui représente, une hausse de 9,3% par rapport à 2005, mais cette faible évolution ne permet guère de conclure à l'existence d'une véritable politique en la matière.