Automobile : la France et l’Allemagne ouvrent la porte au Royaume-Uni, pas au Maroc
La France et l’Allemagne se sont entendues sur de nouvelles règles pour protéger leur industrie automobile. Le Royaume-Uni pourrait bénéficier du label « Made in Europe », mais aucune disposition comparable n’est prévue pour le Maroc, où Renault et Stellantis possèdent pourtant d’importantes usines.
Le Royaume-Uni a quitté l’Union européenne, mais ses voitures pourraient continuer à bénéficier des avantages réservés à la production européenne. Celles fabriquées au Maroc, en revanche, ne figurent pas parmi les bénéficiaires du compromis conclu vendredi 16 octobre entre Paris et Berlin. Une différence de traitement qui place les usines marocaines de Renault et Stellantis devant une nouvelle incertitude.
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L’accord franco-allemand ouvre la voie à l’intégration du Royaume-Uni dans le dispositif « Made in Europe », destiné à réserver certains marchés publics et aides européennes aux véhicules produits localement. Selon Reuters, cette possibilité serait également offerte à des partenaires européens qui appartenaient au marché intérieur au 1er janvier 2020. Londres devra toutefois accepter des conditions de réciprocité et un alignement sur certaines mesures commerciales de l’Union, notamment celles visant les véhicules chinois.
Le Maroc ne bénéficie d’aucune ouverture comparable dans le texte présenté vendredi. Pourtant, le royaume abrite deux importantes bases industrielles européennes : Renault à Tanger et Stellantis à Kénitra. Ces usines produisent des véhicules destinés notamment aux marchés étrangers et s’appuient sur un réseau de fournisseurs marocains et internationaux.
La question avait déjà provoqué des tensions parmi les constructeurs. L’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA) avait demandé que les futures règles protègent les usines déjà installées au Maroc et en Turquie. Son objectif : éviter que des investissements réalisés depuis des années par ses propres membres soient pénalisés par une modification des critères européens. Le compromis annoncé vendredi ne prévoit pas explicitement cette exception.
Des critères de fabrication qui pourraient pénaliser les usines marocaines
La France a obtenu de l’Allemagne un soutien à des exigences plus strictes de contenu local. Selon les éléments rapportés par Euronews, 70 % des composants d’une voiture, hors batterie, devraient être produits en Europe pour répondre aux nouveaux critères. Une part de 10 % du contenu des batteries devrait également provenir de sources européennes.
Ces exigences concerneraient les dispositifs de préférence européenne liés aux marchés publics et aux financements publics, et non l’ensemble des automobiles commercialisées dans l’Union. Pour les constructeurs présents au Maroc, l’enjeu est donc de savoir si leurs véhicules et composants pourront être comptabilisés comme européens lorsqu’ils chercheront à bénéficier de ces avantages.
Le compromis prévoit également un assouplissement majeur des objectifs climatiques pour 2035. Paris accepte que les constructeurs réduisent de 90 % les émissions moyennes de CO₂ de leurs voitures neuves par rapport à 2021, sans devoir compenser les 10 % restants. Berlin obtient ainsi une flexibilité réclamée par son industrie, en échange d’une protection renforcée de la production européenne.
Cette préférence industrielle ne fait pourtant pas l’unanimité. En septembre, l’industrie automobile italienne avait déjà exprimé ses inquiétudes face à la concurrence des usines marocaines. Son organisation professionnelle redoutait qu’un dispositif trop ouvert aux partenaires extérieurs ne fragilise les équipementiers installés dans l’Union. À l’inverse, plusieurs constructeurs défendent le maintien des chaînes d’approvisionnement développées avec le Maroc.
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Le texte franco-allemand doit encore convaincre les autres États membres et le Parlement européen. Le Maroc conserve son accès commercial au marché européen dans le cadre des accords existants, mais ce dernier ne garantit pas que ses productions bénéficieront de la future préférence industrielle. Le sort des usines implantées hors de l’Union reste donc à négocier.
Les discussions devraient se poursuivre après le sommet entre l’Union européenne et le Royaume-Uni prévu le 20 novembre. Reuters indique qu’un texte commun définitif ne devrait pas voir le jour avant le début de l’année 2027. Les modalités précises de reconnaissance des partenaires extérieurs seront l’un des points à régler.