À Bruxelles, un nom marocain et plus de 50 ans : le profil le plus pénalisé à l’embauche

- 12h00 - Maroc - Ecrit par : Sébastien A.

À compétences identiques, porter un nom marocain réduit fortement les chances d’obtenir un entretien d’embauche à Bruxelles. Le handicap s’alourdit pour les candidats masculins âgés de 50 ans ou plus.

Pour mesurer les discriminations sans se limiter aux déclarations des employeurs, des chercheurs des universités de Gand, de Bruxelles et de Louvain ont envoyé 864 candidatures fictives en réponse à 432 offres d’emploi dans la région bruxelloise. L’expérience a concerné 414 organisations entre avril 2023 et février 2024.

Les candidats étaient tous présentés comme étant nés, formés, domiciliés et professionnellement expérimentés à Bruxelles. Leur nationalité était belge et leurs qualifications comparables. Seuls trois éléments variaient : le nom suggérant une origine belge, polonaise ou marocaine, l’âge et le sexe. Les résultats détaillés figurent dans l’étude financée par la Région de Bruxelles-Capitale.

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Le constat est particulièrement net pour les noms marocains. Ils entraînent une baisse de 5,8 points de pourcentage de la probabilité d’être invité à un entretien par rapport à un nom belge. Pour l’ensemble des réponses positives, l’écart atteint 9,5 points. Aucun désavantage statistiquement significatif comparable n’a été relevé pour les noms polonais.

L’âge constitue un deuxième obstacle. Les profils âgés de 50 ou 56 ans reçoivent 5,1 points d’invitations à un entretien en moins que les candidats comparables de 38 ou 44 ans. L’écart grimpe à 9,3 points lorsque toutes les réactions positives des employeurs sont prises en compte.

Le cumul des handicaps

Les hommes sont également défavorisés. À dossier comparable, ils obtiennent 4,4 points d’invitations à un entretien en moins que les femmes et 6 points de réponses positives en moins. La combinaison la plus exposée est donc celle d’un homme âgé portant un nom à consonance marocaine.

Les chercheurs restent toutefois prudents : leur analyse ne démontre pas que ces trois critères se renforcent statistiquement entre eux. Elle établit en revanche que chacun produit séparément un désavantage et que leur accumulation place concrètement certains candidats dans une situation particulièrement défavorable.

Les discriminations significatives apparaissent surtout dans le secteur privé, notamment le commerce, la réparation automobile ainsi que les activités administratives et de soutien. Dans les petites entreprises comptant au maximum 50 salariés, un nom marocain réduit même de 14,7 points la probabilité d’obtenir une réponse positive. L’échantillon du secteur public est trop limité pour conclure à l’absence de discrimination.

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Parmi les solutions envisagées figurent la sensibilisation des recruteurs, une meilleure information sur les lois antidiscrimination et le recours aux CV anonymes. Les auteurs déconseillent cependant d’utiliser ces tests pour désigner une entreprise en particulier : plusieurs observations répétées sont nécessaires pour établir solidement une pratique discriminatoire.