Casablanca perd moins d’eau dans ses canalisations… mais une autre catégorie de pertes a bondi de près de 50 %
Les fuites physiques du réseau d’eau de Casablanca ont diminué entre 2016 et 2020. Dans le même temps, les volumes consommés sans être correctement comptabilisés ont augmenté de près de 50 %, révèle une nouvelle étude scientifique.
Publiée ce mois-ci dans la revue HydroResearch, l’étude analyse les données techniques, financières et opérationnelles du réseau casablancais entre 2014 et 2020.
Sur la période comparée, le volume injecté dans le réseau est passé de 198,33 millions de m³ en 2016 à 213,33 millions en 2020. Les pertes totales ont parallèlement augmenté de 44,87 à 48,39 millions de m³.
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Cette hausse masque deux évolutions opposées. Les pertes réelles, principalement dues aux fuites des canalisations, branchements et réservoirs, ont reculé de 5,5 %, passant de 33,98 à 32,10 millions de m³.
Les pertes apparentes ont en revanche bondi de 49,7 %, de 10,88 à 16,29 millions de m³. Cette eau n’a pas nécessairement fui dans le sol : elle a été distribuée, mais n’a pas été correctement mesurée ou facturée.
Une eau consommée mais absente des comptes
Ces pertes peuvent provenir de compteurs imprécis, d’erreurs dans les fichiers des clients ou le traitement des relevés, mais aussi de consommations non autorisées. Pour les chercheurs, réparer les conduites ne suffit donc plus : Casablanca doit également améliorer ses compteurs, sa facturation et la qualité de ses données.
Le rendement du réseau est malgré tout resté proche de 77 % sur la période, atteignant 77,32 % en 2020. Les auteurs ont également calculé un seuil économique de pertes de 40,67 m³ par client et par an, contre 35,65 m³ réellement observés en 2020.
Ce seuil n’est pas un objectif à atteindre. Il indique seulement le niveau à partir duquel, dans le modèle retenu, le coût d’une réduction générale des pertes devient supérieur à la valeur financière de l’eau économisée. L’étude recommande donc de concentrer les interventions sur les zones les plus problématiques plutôt que d’appliquer les mêmes investissements à l’ensemble du réseau.
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Les données s’arrêtent en 2020 et ne décrivent donc pas la situation actuelle du réseau. Elles précèdent notamment l’aggravation des tensions sur l’approvisionnement en eau de Casablanca et les nouveaux projets destinés à sécuriser la métropole.
Un autre indicateur montre néanmoins que les progrès techniques restaient insuffisants : l’indice de fuite des infrastructures est passé de 7,20 à 6,24, mais demeurait très supérieur à la valeur théorique de référence fixée à 1. Les chercheurs préconisent donc de poursuivre les réparations ciblées tout en attaquant désormais les 16,29 millions de m³ qui échappaient aux compteurs et à la facturation.