Les communications de la Marine royale marocaine espionnées par l’armée espagnole à Sebta
L’armée espagnole avait suivi les mouvements des navires de guerre marocains près de Sebta pendant la crise de juillet. Mais les rapports établis par une unité spécialisée dans la guerre électronique ne figurent pas dans les documents rendus publics par Madrid. De nouvelles révélations relancent la polémique.
Qu’a réellement enregistré l’armée espagnole lors des incursions de navires militaires marocains près de Sebta ? Madrid possède des rapports détaillés sur ces opérations, mais ne les a pas rendus publics. Selon des responsables militaires interrogés par El Español, les mouvements des bâtiments de la Marine royale ont été suivis les 30 et 31 juillet par le Régiment de guerre électronique n° 32 (REW-32). Cette unité a transmis ses observations à la hiérarchie militaire, sans que ses comptes rendus sur les navires marocains apparaissent dans les 40 documents déclassifiés par le gouvernement espagnol.
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Cette surveillance ne reposait pas uniquement sur l’observation des navires. Installé à Dos Hermanas, près de Séville, le REW-32 dispose d’un bataillon à Algésiras, chargé notamment de surveiller le détroit de Gibraltar. Depuis cette position stratégique, ses militaires auraient capté des communications radio, des signaux électroniques et des données de navigation permettant de suivre les déplacements des bâtiments marocains.
Les informations recueillies étaient transmises au Centre de situation de l’armée de terre espagnole, en coordination avec le Centre de renseignement des forces armées (CIFAS). Selon les sources militaires d’El Español, les rapports établis pendant la crise décrivaient les mouvements de la frégate Mohammed VI et de plusieurs patrouilleurs dans les eaux revendiquées par Madrid autour de Sebta.
Une seule alerte publiée, les rapports navals absents
Le contraste avec les documents officiels est frappant. Le 9 septembre, le gouvernement espagnol a rendu publics 40 rapports, alertes et communications concernant la crise de Sebta. Dans ce dossier, consultable sur le site officiel de la Moncloa, un seul document du REW-32 apparaît : une note baptisée « SIGINTREP 01/2026 », transmise le 30 juillet à 12 h 06 au renseignement militaire.
Cette note évoquait une entrée massive de migrants jugée « très probable » à l’occasion de la fête du Trône au Maroc. Elle ne détaillait pas les manœuvres navales. Les rapports consacrés aux bâtiments de la Marine royale, pourtant rédigés pendant les deux journées de crise selon les militaires interrogés, ne figurent pas dans la publication gouvernementale.
Et ce ne serait pas la première omission concernant cette unité. Dès septembre, le média espagnol The Objective révélait l’existence d’une autre note du REW-32. Celle-ci faisait état de communications interceptées entre des agents marocains évoquant une possible entrée massive à Sebta plusieurs jours avant les événements. Ce document ne figurait pas non plus dans la liste rendue publique.
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Ces révélations prennent une dimension particulière après la reconnaissance des incursions navales par Pedro Sánchez. Le chef du gouvernement espagnol a confirmé lundi 12 octobre que des bâtiments marocains étaient entrés dans les eaux revendiquées par l’Espagne, tout en relativisant l’incident. Il a expliqué que les échanges entre les deux pays avaient permis de régler une situation survenue pendant des journées particulièrement difficiles.
Reste la question des documents militaires. Lors de son intervention devant le Parlement, le 3 septembre, Pedro Sánchez avait promis de rendre accessibles les informations relatives à la crise, dans un souci de transparence. Le gouvernement a publié les pièces qu’il avait sélectionnées, mais pas les rapports de surveillance navale décrits par El Español.