Face au Maroc, l’Espagne exhibe sa puissance navale : 84 navires contre dix
Après les incidents maritimes de Sebta, la presse espagnole met en avant la supériorité militaire de l’Armada face au Maroc. Un comparatif de 84 navires contre dix circule, mais les inventaires des deux marines révèlent un rapport de forces plus complexe.
84 navires de guerre contre dix. C’est le rapport de forces affiché jeudi 15 octobre par le site espagnol Moncloa.com, quelques jours après les révélations sur les incidents entre bâtiments militaires marocains et espagnols au large de Sebta. Le média insiste sur la puissance de l’Armada, capable de déployer des frégates, des sous-marins et un porte-aéronefs face à une Marine royale marocaine engagée dans une importante modernisation.
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L’avantage espagnol repose d’abord sur ses équipements. Madrid dispose de onze frégates, dont cinq bâtiments de la classe Álvaro de Bazán équipés du système américain AEGIS, conçu notamment pour la défense antiaérienne. S’y ajoutent deux sous-marins recensés dans les inventaires, des bâtiments amphibies et le Juan Carlos I, capable d’embarquer des aéronefs et de transporter des troupes.
En face, le Maroc possède six frégates, dont la Mohammed VI, de conception française FREMM, ainsi que des bâtiments SIGMA construits aux Pays-Bas. Rabat ne dispose toujours d’aucun sous-marin opérationnel. Une différence particulièrement importante dans le détroit de Gibraltar, où les capacités de surveillance sous-marine et de lutte antisous-marine occupent une place stratégique.
Mais les dix navires attribués au Maroc dans le comparatif publié par Moncloa.com ne représentent pas l’ensemble de sa flotte. La base spécialisée GlobalMilitary recense 106 bâtiments marocains en 2026, dont 86 patrouilleurs et six frégates. Elle comptabilise 84 bâtiments espagnols, parmi lesquels figurent aussi des navires de soutien et de formation. Les deux chiffres avancés par le média espagnol ne reposent donc pas sur un périmètre identique.
Le Maroc se modernise, parfois grâce à l’Espagne
Cette différence n’efface pas l’avance espagnole en matière de capacités de combat. Les frégates F-100, les sous-marins de la classe S-80 et les moyens amphibies permettent à l’Armada de conduire des opérations auxquelles la Marine royale ne dispose pas d’équivalents directs. Madrid prépare également l’arrivée des nouvelles frégates F-110, destinées notamment à renforcer ses moyens de lutte antisous-marine.
Le paradoxe est que l’Espagne participe elle-même au renforcement de la flotte marocaine. Le 17 septembre, le constructeur public Navantia a livré à Rabat le patrouilleur hauturier Moulay Hassan I, construit à San Fernando, près de Cadix. Long de 87 mètres et affichant un déplacement d’environ 2 020 tonnes, ce bâtiment doit renforcer les capacités marocaines de surveillance maritime. Sa livraison s’est déroulée sans cérémonie officielle, dans un contexte de tensions diplomatiques.
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Pour Moncloa.com, la question dépasse désormais le simple nombre de bâtiments. Le média insiste sur la capacité de l’Espagne à surveiller durablement le détroit, à protéger les routes maritimes et à mobiliser rapidement ses moyens militaires. Il reconnaît néanmoins que le Maroc peut concentrer ses forces à proximité immédiate de ses côtes, réduisant les délais de réaction dans les eaux contestées.
Le site souligne enfin que les projets marocains d’acquisition de sous-marins restent, pour l’instant, au stade des offres et des discussions. L’Armada conserve donc un avantage dans ce domaine, tandis que Rabat poursuit le renouvellement de ses patrouilleurs et de ses bâtiments de surface.