Deux jours avant Sebta, l’Espagne avait déjà annulé les vacances de ses militaires

- 23h00 - Espagne - Ecrit par : Mohamed A.

Les militaires espagnols stationnés à Sebta avaient été placés en situation exceptionnelle près de 48 heures avant les passages massifs depuis le Maroc. Certains congés avaient été suspendus et les soldats présents dans leurs unités maintenus sur place.

La décision a été prise environ deux jours avant le 30 juillet, lorsque des dizaines de milliers de personnes ont commencé à se rassembler autour de Fnideq avant de franchir la frontière. Les militaires qui se trouvaient chez eux ont reçu l’ordre de renoncer aux vacances prévues, tandis que ceux déjà présents dans les casernes sont restés consignés, révèle El Independiente.

Sur Bladi.net : Le CNI avait repéré 2 000 personnes près de Ceuta, 72 000 ont finalement franchi la frontière

Une source gouvernementale explique que l’objectif était de maintenir les unités disponibles face à la situation qui se développait de l’autre côté de la frontière. Un ancien haut responsable de l’armée de terre affirme même que les forces armées sont restées consignées pendant trois jours, avec des permissions suspendues.

Cette chronologie éclaire d’un jour nouveau les informations dont disposaient les autorités espagnoles avant la crise. Le gouvernement a publié le 9 septembre un ensemble de 40 rapports, alertes et communications provenant de la Police nationale, de la Guardia Civil, du Centre national de renseignement et du renseignement militaire.

Le 29 juillet, le dossier contenait déjà une actualisation du Centre national de l’immigration et des frontières ainsi qu’une note du CNI. Les services espagnols avaient également alerté leurs homologues marocains sur le risque de passages massifs.

L’armée était prête avant sa propre alerte écrite

Le 30 juillet à 12 h 06, le régiment de guerre électronique nº 32 a transmis au Centre de renseignement des forces armées un message jugeant une entrée « massive » et « très probable ». Une heure plus tard, le renseignement militaire produisait un nouveau rapport, alors que les forces de sécurité étaient déjà débordées à la frontière.

Le maintien des soldats dans leurs unités pose désormais la question des missions qui leur avaient été confiées. L’armée ne pouvait pas remplacer spontanément la Police nationale ou la Guardia Civil : son déploiement en soutien des forces de sécurité nécessitait des instructions précises de la chaîne de commandement.

La juge María Tardón a réclamé les alertes et analyses produites par l’état-major et le renseignement militaire. Elle cherche à établir quelles informations circulaient avant les 30 et 31 juillet, qui les avait reçues et quelles décisions avaient été prises.

Le rapport du CENIF versé au dossier judiciaire décrit les passages comme une opération « planifiée » et non spontanée. Il évoque également la présence d’agents marocains, en uniforme ou en civil, dans l’orientation des personnes vers la frontière. L’enquête porte notamment sur l’organisation des déplacements, le rôle des réseaux sociaux et les structures ayant pu les faciliter.

Sur Bladi.net : 72 000 passages depuis le Maroc : l’Espagne sort la carte militaire à Ceuta

Le 10 août, face au risque d’un nouveau passage massif, Madrid a cette fois officiellement annulé les permissions, licences et vacances de l’ensemble des militaires et gardes civils affectés à Sebta. La première mesure de ce type avait pourtant été prise avant même les arrivées des 30 et 31 juillet.