Du Chef… au Cheikh

- 23h07 - Maroc - Ecrit par :

UNEM, on reconnaît ici la pierre des pères fondateurs de l’UNFP. L’appelation du syndicat estudiantin fait écho à celle du parti de Mehdi Ben Barka et ses amis. Bien que l’Union ait été créée au lendemain de l’indépendance, décembre 1956, c’est en effet dans les années qui ont suivi la naissance de l’UNFP qu’on a commencé à parler d’un syndicat en opposition directe avec l’Etat.

Toute l’histoire de l’Union est, à cet effet, marquée au fer rouge par les positions prises par le parti de Mehdi Ben Barka. La jeunesse est, on ne le sait que trop, l’enthousiasme révolutionnaire : la rupture a été consommée, au premier chef lors du 5ème congrès tenu en 1961 à Azrou. A cette date les étudiants, fer de lance d’une contestation grandissante et directe, ont décidé de "mettre fin à la présidence d’honneur". Or, elle était dévolue au prince héritier. La suite des événements a encore plus creusé le fossé entre les étudiants et l’Etat : boycott des élections de 1963, au diapason de celui de l’UNFP, dissolution de l’UNEM en 1964, répression des émeutiers, en grande majorité des étudiants, à Casablanca en mars 1965.
L’Etat d’exception décrété en octobre 1965, met momentanément fin à un duel forcé et du tout-sécuritaire. Ce n’est que partie remise. L’époque était au discours déchaîné et à l’appétit révolutionnaire. Partout dans le monde, résonnaient les hymnes anti-colonialistes et anti-réactionnaires. A une échelle plus régionale, la défaite arabe en 1967 et l’émergence d’une pensée marxisante ont nourri les rêves les plus utopiques. Le Maroc, à l’instar d’autres pays, a été pris d’une fièvre militante qui a touché toutes les sphères du champ politique, y compris les partis de gauche d’alors. Au sein de l’UNFP, comme le Parti de libération du socialisme - l’ancêtre du PPS, la jeunesse est tentée par une approche plus radicale. Il y est question de maoisme, trotskysme, guevarisme et autres "ismes" en rupture avec les "réformistes" réactionnairs et "alliés objectifs" du Makhzen. Ce courant, aussi vague que décidé, prendra forme au 13ème congrès de l’UNEM en 1969.
Nait alors le front unifié des étudiants progressistes. La révolution est au bout du… fusil. C’était l’air du temps. Mais, contrairement à ce que l’ont peut deviner, l’UNEM a su garder, contre vents et marées, son unité et sa force. L’état de crise, c’était aussi le cycle des révolutions. Marx ne disait-il pas, dans son discours adressé en 1850 à la Ligue des communistes : "votre cri de guerre doit être : la révolution permanente". La révolution, faut-il le mentionner, consiste à aimer un monde qui n’existe pas encore. Et n’existera plus après, comme en rêvaient les plus radicaux. Le rapport de force, en ces années 70, mettra fin à toutes les chimères. Après une longue période d’une "mise en quarantaine effective", l’UNEM reprendra ses activités en 1978. Victoire, crieront les étudiants. Pas pour longtemps. Le 16ème congrès a connu la mainmise de la branche radicale au sein des campus universitaires sur l’UNEM. Résultat, à l’inverse d’une unanimité agissante autour de l’intégrité territoriale, l’Union des étudiants sous l’emprise des avantistes (Ila al amam), prend position pour une autodétermination du "peuple sahraoui". C’est la dérive. S’ensuit un combat terminal : l’UNEM sera unitaire ou ne sera jamais. Sur le plan politique, l’UNFP est devenue l’USFP, le PLS devient le PPS. Ce seront les Bassistes qui hériteront du défunt Front unifié. Les appelations changent, mais les clivages restent les mêmes.
Le 17ème congrès, tenu du 31 août au 6 septembre 1979, ne fera qu’enfoncer le clou. Les divergences qui ont vu le jour au sein du secteur étudiant de l’USFP tiennent en échec les assises de l’organisation. On se jette les responsabilités encore jusqu’à nos jours, mais le résultat est on ne peut plus désolant. On s’en souvient encore : le congrès, tant décrié a clôturé ses travaux sans stratégie aucune. A l’exception d’une seule et unique motion : tenir un congrès extraordinaire dans le délai d’un an. Au plus. C’est l’extraordinaire qui dure. Enre temps, la gauche a vécu au rythme d’un "clônage" incessant : aux usfpéistes existants depuis les années 60, viennent s’ajouter d’autres factions, plus ou moins marxistes-léninistes. Entre autres, "l’Initiative des masses" (1981), "Parchemins" (Courrassa-84), "La nouvelle voie prolétarienne" (NVP), les "Démocrates" (80)… et on en passe… Autant de tentatives groupusculaires, cruellement sectaires qui, tout compte fait, vont à la recherche d’un "grand peut-être". Mieux structurés et très actifs, les étudiants islamistes, eux, sont plus sûrs.
En fait le plus dur combat, la gauche universitaire l’a livré contre elle-même. Elle en a payé les frais, et tout laisse présager qu’il en sera ainsi pour longtemps encore.
Que faire ?
Le défaut qui empêche la gauche d’agir, c’est de ne pas garder son essence même : l’action. Elle se contente d’agir par réflexion : depuis bientôt 12 ans, les colloques, rencontres et autres séminaires se répètent et se ressemblent. Le "Que faire ?" cher à Lénine, dont tous les hommes de gauche ont commémoré il y a un année le centenaire, ne semble plus inspirer les jeunes des partis. Enchères, querelles et souci de recrutement facile cèdent la place au contact quotidien avec des milliers d’étudiants de plus en plus indifférents. Une indifférence qui n’est, somme toute, que le corollaire d’un désamour à multiples facettes. Ses raisons tirent certes leurs origines de la réalité politique et quotidienne, mais les forces progressistes ne sont pas moins responsables d’une frilosité coupable… Depuis belle lurette que l’université est laissée à son sort, elle ne figure plus parmi les priorités de l’agenda revendicatif ou organisationnel des partis de gauche. Les choses, cependant, semblent prendre depuis l’année dernière un autre cours. De ce fait, l’année 2003 s’annonce…universitaire. Il y a d’abord les conseils des universités : instances instituées par la Réforme de l’enseignement supérieur et qui participe de l’autonomie de l’université, que les étudiants ont toujours appelée de leurs vœux. Un hic, cependant : les factions estudiantines de gauche ne pèseraient, selon toute vraisemblance, pas lourd. Il y a ensuite les plans d’action, proposés par telle ou telle étiquette politique, pour "faire sortir l’UNEM de sa léthargie".
L’alternative
"Peut-on ressusciter les morts ?" La question, puisée dans le référentiel sacré, est en fait la réponse d’un responsable Usfpéiste à la question que lui a posée un militant de son parti : "si l’UNEM est en crise, que faire alors ?" Le marasme dans lequel se débat l’UNEM n’est pas une affaire de faction, de légitimité. Il serait en fait, un problème de projet politique et sociétal. Il faut, laisse-t-on entendre au sein de l’USFP, faire preuve de clairvoyance : une alternative estudiantine n’est pas un crime. L’UNEM est depuis longtemps passée sous la main des disciples du Cheikh Yassine et du PJD, et ce serait s’installer dans l’illusion que de chercher un modus vivendi. La réponse définitive on la saura très bientôt : les 1, 2 et 3 février prochain, les étudiants USFP tiendront leur congrès à Tétouan. Déjà les débats qui ont eu lieu les 14 et 15 décembre dernier ont annoncé la couleur : la possibilité d’une autre Union n’est pas écartée. Reste à trouver les alliés , les militants de gauche, la gauche unifiée restent à cheval sur leurs principes : l’UNEM, rien que l’UNEM. La tenue, pour les étudiants GSU d’un congrès extraordinaire est une condition sine qua non pour "tout redressement possible de la situation". Pour ce faire, force est "d’élaborer un pacte estudiantin" qui garde "à l’UNEM sa substance militante", mais qui rompt en contrepartie avec "ses formes traditionnelles". Passage obligé : un front civil pour la défense de l’université. La balle est donc dans le camp des partis. Réussi ? Rien n’est moins sûr. Si les étudiants de l’Avant-garde socialiste (PADS) de Me Ben Ameur appellent à une action commune des "forces du pays", ils n’en boudent pas moins les choix politiques des autres. La solution est ailleurs. Il en va de même pour les "Bassistes". Plus radicaux, les héritiers de "Ila Al Amam" n’envisagent pas un avenir sans eux : il faut d’abord leur reconnaître le leadership.
Pendant ce temps-là, l’université est devenue un bastion islamiste. Les amis de Hilali (Tajdid) comme ceux de Bennajah (Al Adl) comptent mettre une OPA sur l’UNEM. Question de temps et de tactique.

La Gazette Du Maroc

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