Vers un durcissement du regroupement familial en France ?

- 17h00 - France - Ecrit par : Nadia El A.

À l’approche de la présidentielle, Gabriel Attal et Gérald Darmanin ciblent l’immigration légale. Leurs récents projets visant à restreindre le regroupement familial se heurtent toutefois à la réalité des chiffres et à d’infranchissables murs juridiques.

La course pour 2027 s’accélère à droite et au centre, avec une cible commune : l’immigration légale. L’ancien Premier ministre Gabriel Attal souhaite allonger la durée de résidence exigée pour faire venir un conjoint. De son côté, le ministre de la Justice Gérald Darmanin, qui évoque un moratoire de trois ans, plaide pour interdire le regroupement familial aux détenteurs d’un titre de séjour professionnel. Pourtant, cette voie d’entrée s’avère extrêmement minoritaire. Sur les 91 000 premiers titres de séjour délivrés pour motif familial en 2025, près de la moitié concernait des conjoints de citoyens français. Le regroupement strict n’a concerné qu’un peu moins de 18 000 personnes en 2024, en immense majorité des enfants mineurs.

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Appliquer ces restrictions s’annonce juridiquement illusoire. La directive européenne de 2003 plafonne le délai d’attente exigible par les États membres à deux ans. Or, avec dix-huit mois de résidence obligatoires et six mois d’instruction du dossier, l’Hexagone a déjà atteint cette limite maximale. Le professeur de droit public Serge Slama, interroge par le journal Le Monde, rappelle que le droit à la vie privée et familiale est fermement protégé par la Constitution et la Convention européenne des droits de l’homme. Renoncer à ces règles fondamentales équivaudrait, selon le spécialiste, à quitter le cadre de l’État de droit.

Ces ambitions restrictives percutent de plein fouet les impératifs économiques du pays. Geler l’immigration légale paralyserait des secteurs entiers, de l’industrie au tourisme. Le ministre de l’Économie Roland Lescure a d’ailleurs contredit son collègue de la Justice en affirmant que les travailleurs étrangers constituent une véritable chance pour la nation. Un constat partagé sur le terrain par Nicolas Dufourcq. Le directeur général de Bpifrance résume l’impasse d’une telle mesure : « On ne peut pas vouloir être prospère sans immigration ».

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Face à ce double mur juridique et économique, les annonces de ces figures politiques s’apparentent à une simple manœuvre électorale. Les deux hommes d’État versent dans une surenchère assumée. Pour l’historien Patrick Weil, il s’agit d’une pure communication politique jouée « sur le dos de l’immigration », transformant un sujet complexe en un banal fonds de commerce pour séduire l’électorat avant les prochaines échéances présidentielles.