France : chute vertigineuse des régularisations, l’héritage Retailleau pèse lourd
Le tour de vis a fonctionné au-delà des espérances de ses promoteurs. Un an après la mise en place de la circulaire portée par l’ancien ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, les régularisations de sans-papiers en France connaissent une chute spectaculaire de 42 %. Une politique de fermeté qui plonge des milliers de travailleurs étrangers, dont des Marocains, dans l’impasse.
Les chiffres du ministère de l’Intérieur sont sans appel. Sur les neuf premiers mois de l’année 2025, seuls 11 012 titres de séjour ont été délivrés au titre de l’admission exceptionnelle, contre plus de 19 000 sur la même période l’année précédente. Cette baisse drastique est le résultat direct de la « circulaire Retailleau » de janvier dernier, qui a abrogé les critères plus souples de 2012 (circulaire Valls) pour imposer des conditions drastiques : sept ans de présence sur le territoire, maîtrise certifiée du français et absence d’OQTF préalable. Les régularisations par le travail s’effondrent de 54 %, et celles liées à la vie privée et familiale chutent de 58 %.
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Le dispositif « métiers en tension », censé offrir une voie légale aux travailleurs des secteurs en pénurie, s’avère être un échec cuisant. Avec seulement 702 titres accordés en dix mois, cette mesure phare de la loi immigration est jugée inefficace, notamment parce que des secteurs clés comme le nettoyage en Île-de-France ont été exclus des listes d’éligibilité. Les préfets appliquent désormais une discrétion stricte, transformant les demandes de régularisation en « roulette russe » où même des dossiers solides se soldent par une Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF), désormais valable trois ans.
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Face à ce mur administratif, de nombreux avocats conseillent désormais à leurs clients de rester dans la clandestinité plutôt que de risquer l’expulsion. La situation est aggravée par un engorgement chronique des préfectures : en Seine-Saint-Denis, les services traitent à peine les dossiers déposés en 2022. Une paralysie qui touche même les étrangers en situation régulière, certains peinant à renouveler leurs titres et basculant malgré eux dans l’illégalité.