Enlèvements : jamais sans mon fils

- 18h17 - Maroc - Ecrit par :

Ismaël Caruso est un jeune maroco-franco-espagnol de cinq ans dont la mère Nadia Tahiri, accuse le père, Mehdi-Michel Caruso, d’enlèvement. Le couple, divorcé depuis mars 2000, se disputait en effet la garde de l’enfant. Une affaire qui ranime le débat sur le conflit des juridictions au sujet d’enfants nés de mariages mixtes.

Dimanche dernier 26 septembre 2004, Nadia Tahiri a vu son enfant pour la dernière fois. Âgé de cinq ans, Ismaël Caruso a quitté la maison de sa maman en compagnie de son papa, Mehdi-Michel Caruso, franco-marocain. Divorcé, ce dernier n’avait le droit de voir son enfant qu’une seule fois par semaine, dimanche en l’occurrence, de 9h à 19h, la garde de l’enfant ayant été confiée par les tribunaux marocains à la mère. Le couple s’est marié en août 1996. Nadia, psychiatre, et Mehdi-Michel, ressortissant français qui a embrassé la religion islamique et a été naturalisé marocain par la suite, s’entendaient à merveille. De leur amour est né Ismaël en 1999. mais les problèmes ont commencé par la suite et le couple a divorcé en mars 2000. Depuis cette date, le père a toujours respecté la décision de justice, avant dimanche dernier. Ce jour-là, Mehdi-Michel ne s’est pas exécuté. « Ne voyant pas arriver mon enfant dimanche soir, je me suis sérieusement inquiétée. Après de nombreux coups de fil passés à gauche et à droite, j’ai découvert que mon enfant avait quitté le territoire marocain en compagnie de son père en direction de la France. Des témoins l’ont effectivement vu à l’aéroport Mohammed V », explique Nadia Tahiri. Cette dernière estime donc que le coup a été minutieusement préparé.
Des proches ont en effet assuré à la pédiatre que son ex-mari a liquidé dans la discrétion la plus totale, ses biens, notamment immobiliers au Maroc. Son cabinet de psychiatre, métier qu’il exerce au Maroc depuis sa naturalisation, n’a plus reçu sa visite depuis la disparition de son fils. En outre, pour quitter le Maroc, avec son père d’origine Française et naturalisé au Maroc, le jeune enfant devait se munir d’un titre de voyage délivré par les autorités françaises au Maroc.
Ce passeport, établi en 48h en date du 17 septembre, a en effet été délivré au père. Or, Nadia Tahiri se pose de nombreuses questions quant à la délivrance d’un passeport à son fils par le consulat de France à Casablanca. Comme le stipule une circulaire du ministère de l’Intérieur français, publiée le 11 mai 1990, la délivrance d’un passeport à un mineur issu de parents divorcés ou séparés ne peut avoir lieu sans la présentation par l’un des conjoints d’un document signé par l’autre attestant que l’enfant ne dispose pas d’un passeport. Dans le cas d’Ismaël Caruso, Nadia Tahiri n’a en aucun cas entendu parler d’une procédure d’obtention de passeport de la part de son ex-mari. En outre, et comme le stipule également la même loi française, Ismaël, étant mineur, se devait d’être présent physiquement au Consulat de France au moment du dépôt de la demande.
Chose que la mère dément catégoriquement. « Ismaël ne s’est, à aucun moment, présenté devant les services consulaires français. Mon fils ne voyait son père que le dimanche et il était donc impossible qu’il se soit présenté physiquement au consulat aux heures normales d’ouverture. En plus, son école avait reçu des recommandations très strictes à ce sujet. Les responsables ne devaient le laisser partir avec personne sauf avec moi », précise Mme Tahiri. La maman estime ainsi que suffisamment de précautions n’ont pas été prises par les autorités consulaires françaises quant à la délivrance d’un passeport à son fils. Contacté par Aujourd’hui Le Maroc, le consulat de France à Casablanca a expliqué que les conditions de délivrance du passeport d’Ismaël Caruso étaient tout à fait normales. L’enfant s’est même présenté à la chancellerie au moment du dépôt de la demande, en atteste ses empreintes digitales. Le père, en raison de son statut de tuteur, la mère n’ayant que la garde, avait le droit de demander un passeport à son enfant. En plus, le consulat estime qu’il n’est pas en mesure de statuer dans le cas Caruso, puisque en dépit de la nationalité française du père et de l’enfant, le mariage, ainsi que le divorce entre les deux parents ont été prononcés par les autorités marocaines. C’est ce que le vice-consul a expliqué à Nadia Tahiri en personne lorsqu’elle est allée le voir. Ismaël a une triple nationalité. Il est Marocain, puisque ses deux parents le sont, français de par son père et espagnol, puisque l’est également. Une situation qui complique la situation. Les autorités françaises ne pouvant rien faire, la maman s’est adressée au consulat d’Espagne auquel les références ont été envoyés du passeport d’Ismaël par voie diplomatique. Nadia Tahiri s’est également adressée aux autorités marocaines qui ont d’abord procédé à un blocage des frontières, un peu tardif il faut l’avouer. La pédiatre a également été reçue à plusieurs reprises par le procureur du Roi à Casablanca qui a émis jeudi matin un mandat d’arrêt international à l’encontre de Mehdi-Michel Caruso pour enlèvement.
Un délit passible de trois années de prison et d’une amende de 45.000 euros selon la loi française du 4 mars 2002. Mais en attendant, la mère reste toujours sans nouvelles de son enfant, qui s’est volatilisé un dimanche alors qu’elle le croyait en train de jouer avec son père. Ne sachant pas quoi faire, elle demeure une victime de plus de ce conflit de lois et de juridictions qui fait surface à chaque fois qu’il s’agit d’enfants nés de mariages mixtes.

Fadoua GHANNAM - Aujourd’hui le Maroc

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