Espagne : Un cas réussi d’immigration choisie

- 20h32 - Espagne - Ecrit par : L.A

Au moment de la cueillette des fraises, elles seront 11.127 à franchir la frontière hispano-marocaine. En toute légalité. 3.000 d’entre elles sont assurées d’un contrat : elles ont déjà fait leurs preuves. Leurs employeurs ont été satisfaits, elles sont revenues au Maroc, elles pourront repartir. La sélection des 8.400 primo saisonnières a commencé jeudi et se poursuivra jusqu’au 12 décembre.

Toutes des femmes, car « pour cueillir des fraises, il faut de la délicatesse », explique Juan José Rojas, un employeur espagnol. La sélection est effectuée par les employeurs en personne sur quatre sites : Fès, Mohammédia, Agadir, Dakhla. 12.000 ont été présélectionnées par l’Anapec, principal acteur marocain du programme Aeneas-Cartaya, mis en place entre le Maroc et la province espagnole de l’Huelva en 2004.

Ce programme « de gestion éthique et de l’immigration saisonnière » s’inscrit dans le cadre plus large du programme européen Aeneas, d’assistance financière et technique aux pays tiers dans les secteurs de l’immigration et de l’asile. L’ayant approuvé pour 2004-2008, l’Union européenne finance Aeneas-Cartaya à hauteur de 80%. Objectif : réduire l’immigration clandestine en encadrant mieux les flux de travailleurs.

Les négociations avec l’UE pour la poursuite du financement au-delà de 2008 ont déjà commencé. Au vu des résultats positifs obtenus, Hafid Kamal, le directeur général de l’Anapec, est optimiste. D’autant que les besoins de financement devraient diminuer. A terme, l’immigration des saisonnières doit devenir circulaire. « Les employeurs satisfaits contacteront directement les ouvrières intéressées, sans passer par l’Anapec ou les autres acteurs du programme », présage Alfredo Ramos Moreno, secrétaire général du travail et des affaires sociales à l’ambassade d’Espagne.

Pour l’instant, l’Anapec se charge des campagnes d’information, de la sensibilisation des femmes à leurs droits et devoirs, de leur accompagnement dans les démarches administratives, de leur présélection…

150 ouvrières la première année, puis 1.250, 2.200, 4.500 et maintenant 11.127… Plus que la forte demande des agriculteurs espagnols, ce sont les taux de retour obtenus qui ont favorisé cette évolution. « Cette année, plus de 90% des saisonnières sont revenues à la fin de leur contrat, contre seulement 50% l’année précédente, preuve de la sécurité du système marocain », rappelle Hafid Kamal, directeur général de l’Anapec, principal acteur marocain du programme. 100% de retour en 2008 ? C’est ce qu’il souhaite.

Pour limiter les risques d’évasion, de nouveaux critères de recrutement ont été mis en place par l’Anapec, en accord avec les employeurs espagnols et la commune de Cartaya. Depuis l’an dernier, être âgée de 18 à 40 ans, en bonne santé, habiter à la campagne et avoir de l’expérience ne suffit plus. Avoir des enfants à charge est devenu une condition nécessaire. Nécessaire au départ, mais pas suffisante pour garantir le retour. Kenza et Khadija ont vu des femmes s’enfuir, abandonnant famille et statut légal. En choisissant la clandestinité, elles renoncent à signer un contrat de travail et donc à disposer des mêmes droits que les travailleurs espagnols. Pour elles, il n’y aura ni salaire minimum, ni sécurité sociale, ni cotisation pour la retraite. Elles pourront juste rester autant qu’elles le souhaitent de l’autre côté de la Méditerranée. « Elles n’ont pas intérêt à s’enfuir », selon un employé de l’Anapec. « Le programme leur offre un Eldorado à portée légale », poursuit-il. « En trois mois, elles gagneront plus d’argent qu’en un an au Maroc », estime Hafid Kamal, prenant comme référence les salaires minimums des deux pays.

33 euros pour six heures et demi de travail par jour, 6 euros par heure supplémentaire, la gratuité du logement… Et la garantie d’un contrat l’année suivante pour celles qui retourneront au Maroc. En 2008, Kenza et Khadija partiront travailler en Espagne pour la deuxième année consécutive, laissant une fois encore leurs enfants en pension aux grands-parents.

Elles ont décidé de repartir, « pour nourrir nos enfants, payer leurs études, le médecin ». Bref, améliorer leur pouvoir d’achat. « A terme, nous aimerions que le pécule de ces femmes serve à financer des projets de codéveloppement locaux, comme la création de coopératives… », précise le directeur de l’Anapec. Un remède à la fuite de la main-d’œuvre ?

Les Marocaines remplacent les Européennes

Dans les champs du sud de l’Espagne, le contingent de saisonnières marocaines ne cesse d’augmenter, remplaçant celui des travailleuses des pays de l’Est. « Certaines entreprises emploient même des traducteurs arabes », a observé Juan José Rojas, un employeur marocain. « Depuis qu’ils ont adhéré à l’UE, Roumains et Polonais sont moins intéressés par le travail saisonnier en Espagne. De nouvelles opportunités plus avantageuses s’offrent désormais à eux », explique un expert du projet Meda. Le sud de l’Espagne a besoin de main-d’œuvre, son voisin marocain en dispose, d’où le succès du programme.

Une fois la Méditerranée franchie, en cas de problème, des coordinateurs de l’Aeneas sont à leur service au siège de la fondation, où des formations linguistique et pratique, sur la sécurité routière ou le fonctionnement des distributeurs automatiques par exemple, sont également dispensées. Pour celles qui habitent le plus près de Cartaya. Kenza, elle, a dû apprendre l’espagnol toute seule, avec un livre, puis avec se collègues.

L’Economiste - Cécile Rubichon

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