12 000 euros pour venir travailler en France… et jusqu’à 88 heures par semaine dans les vergers
Quinze Marocains pensaient avoir trouvé un emploi rémunérateur dans les vergers français. Ils dénoncent aujourd’hui des contrats payés jusqu’à 12 000 euros, des semaines de travail interminables et des passeports confisqués. Devant le tribunal de Nîmes, quatre personnes ont dû répondre de ces accusations.
« J’ai dû payer pour travailler. » Devant les juges, mardi 6 octobre, Abderrahim B. a raconté avoir remis 12 000 euros en liquide à un recruteur marocain pour décrocher un contrat agricole en France. On lui promettait 2 500 euros par mois. Ses revenus n’auraient jamais atteint ce montant.
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Son témoignage rejoint celui de quatorze autres saisonniers employés entre 2022 et 2025 dans deux exploitations de Saint-Gilles, dans le Gard. D’après TV5 Monde, leur recrutement passait par Hamid B., lui-même ouvrier agricole, et son épouse, chargée des démarches administratives.
Une fois en France, les travailleurs auraient été privés de leurs papiers d’identité. Pour se loger, ils devaient verser 150 euros par mois au couple, malgré des chambres sans eau chaude ni mobilier suffisant. Certains dormaient directement par terre. Les salaires ne correspondaient pas aux heures effectuées et ceux qui souhaitaient revenir la saison suivante devaient, selon les plaignants, payer à nouveau.
Jusqu’à 88 heures de travail, sans repos
Dans les vergers, les journées pouvaient durer treize heures. La Confédération paysanne, partie civile, rapporte des semaines atteignant 88 heures, sans repos hebdomadaire, ainsi que des traitements phytosanitaires réalisés sans protection. Une vidéo présentée à l’audience montre des ouvriers travaillant de nuit, sous un orage, sans équipement adapté.
L’inspecteur du travail à l’origine de l’alerte a évoqué un véritable marché des contrats agricoles, vendus entre 8 000 et 15 000 euros à des candidats marocains. Des sommes comparables avaient déjà été dénoncées dans une autre affaire concernant des travailleurs marocains à Tarbes.
À l’audience, Hamid B. a tout contesté, se présentant comme un simple ouvrier. Confronté à des vidéos montrant des saisonniers creusant sa piscine pendant leur week-end, il a assuré qu’ils l’avaient fait pour leur propre publicité. Un exploitant agricole a également nié avoir eu connaissance des paiements exigés et des conditions d’hébergement.
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La procureure Nathalie Welte a estimé que les faits de traite d’êtres humains étaient caractérisés pour trois des quatre prévenus. Elle a requis des peines allant de douze à dix-huit mois de prison avec sursis et des amendes de 50 000 à 150 000 euros. Pour le quatrième prévenu, une amende de 1 000 euros a été demandée.
Les quinze ouvriers marocains, tous présents à l’audience comme parties civiles, attendent désormais la décision du tribunal, mise en délibéré.