« Il est plus facile de porter une kippa au Maroc qu’à Bruxelles »

- 11h30 - Belgique - Ecrit par : Bladi.net

Face à la recrudescence des actes antisémites en Europe, la communauté juive de Bruxelles exprime son inquiétude croissante. Un commerçant bruxellois d’origine marocaine souligne le contraste sécuritaire flagrant entre la capitale belge et son pays natal.

Le climat s’est considérablement alourdi en Belgique depuis les événements du 7 octobre 2023. Selon le dernier rapport d’Unia, l’institution publique luttant contre les discriminations, le pays a enregistré 232 actes antisémites en 2025. Ces chiffres représentent une augmentation drastique de 80 % par rapport aux 129 cas documentés l’année précédente. Face à cette menace, incluant de récentes attaques contre des synagogues et des écoles juives à travers l’Europe, le gouvernement belge a déployé l’armée pour sécuriser les lieux de culte et les établissements scolaires de la communauté.

Sur Bladi.net : Bruxelles : 6,5 % des policiers ont des origines marocaines

Pour illustrer ce sentiment d’insécurité croissant, le média The Brussels Times a recueilli le témoignage de Maurice Tal. Ce commerçant, qui dirige la communauté juive marocaine de Bruxelles, n’hésite pas à faire une comparaison tranchée. Il affirme sans détour qu’il est aujourd’hui « plus facile de se promener avec une kippa au Maroc qu’à Bruxelles ». Dans son bureau, où les drapeaux marocain et israélien se côtoient, il salue la fermeté du roi Mohammed VI, rappelant que « le Roi a toujours insisté sur le fait que les juifs doivent être en sécurité ».

La communauté juive de Bruxelles, moins visible et plus dispersée que la communauté orthodoxe historique d’Anvers, adopte des stratégies d’évitement. Maurice Tal explique que la sécurité dépend fortement des quartiers fréquentés. « Si je vais à Bruxelles-Midi avec une kippa, je ne dis pas que je risquerais ma vie, mais je pourrais me faire insulter », confie-t-il, précisant que certains membres évitent même de parler hébreu dans la rue par crainte d’agressions.

Ce climat délétère pousse de nombreuses familles à repenser leur avenir en Belgique. Avi et Nehama Tawil, résidents de longue date, constatent que les fidèles retirent tout signe visible d’appartenance religieuse et scrutent les issues de secours dans les synagogues. Fatiguée par cette violence banalisée et ce climat anxiogène, Nehama Tawil avoue que ses quatre enfants « ne vivront pas ici » et qu’ils ont déjà quitté le pays ou prévoient de le faire prochainement.

Sur Bladi.net : Racisme et « double allégeance » : Le calvaire des policiers d’origine marocaine à Bruxelles

Les experts pointent l’importation systématique du conflit moyen-oriental et le poids des stéréotypes. Un sondage Ipsos réalisé en juillet révèle que 40 % des Bruxellois estiment que les juifs contrôlent les secteurs de la finance et des banques, tandis que 22 % ne les considèrent pas comme des Belges à part entière. Face à cette confusion généralisée, les instituts locaux recommandent de renforcer l’éducation historique et d’adopter des définitions claires pour lutter efficacement contre ces préjugés persistants.