Un fils d’immigrés marocains derrière un album à 4 millions de dollars : Netflix raconte son histoire
Un album enregistré dans le plus grand secret, fabriqué en un seul exemplaire et revendu quatre millions de dollars. Derrière cette aventure du mythique Wu-Tang Clan se trouve Tarik Azzougarh, un producteur néerlando-marocain. Netflix lui consacre un documentaire disponible dès le 16 octobre.
Quatre millions de dollars pour un album que presque personne n’a entendu. En 2021, un collectif de collectionneurs débourse cette somme pour acquérir Once Upon a Time in Shaolin, un disque du Wu-Tang Clan dont il n’existe qu’un seul exemplaire. À l’origine de ce projet hors normes, un fils d’immigrés marocains né à Tilburg, aux Pays-Bas : Tarik Azzougarh, connu dans le monde du rap sous le nom de Cilvaringz. Son parcours est au cœur de The Disciple : A Wu-Tang Fable, un documentaire qui arrive vendredi 16 octobre sur Netflix.
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L’histoire commence dans les années 1990. Adolescent, Tarik est fasciné par le Wu-Tang Clan, le collectif new-yorkais qui révolutionne le hip-hop. Lors d’un concert à Amsterdam en 1997, il parvient à monter sur scène et à improviser devant Ol’ Dirty Bastard. Sa prestation lui ouvre les portes du groupe.
Deux ans plus tard, il devient le premier artiste étranger à signer avec le label du Wu-Tang. Il accompagne ses idoles en tournée, assure leurs premières parties et travaille avec RZA, le cerveau musical du collectif. Celui qui écoutait leurs disques dans sa chambre se retrouve désormais à participer à leur création.
Mais Cilvaringz ne veut pas simplement produire un album supplémentaire. Au moment où les plateformes numériques transforment la consommation musicale, il imagine un projet radical : enregistrer un disque qui ne pourra être acheté que par une seule personne. Un objet de collection comparable à une œuvre d’art, plutôt qu’un produit destiné à être reproduit à des millions d’exemplaires.
Un album gardé secret au Maroc, puis vendu pour des millions
Il faudra six années de travail pour donner naissance à Once Upon a Time in Shaolin. Les sessions d’enregistrement se déroulent dans plusieurs pays. Tarik coordonne les contributions des membres du Wu-Tang Clan et d’invités aussi inattendus que la chanteuse Cher. Au total, 31 morceaux sont réunis dans un coffret en argent ouvragé.
Le Maroc occupe une place particulière dans cette aventure. Une partie du travail de production y est réalisée et l’unique exemplaire de l’album est conservé pendant un temps à Casablanca. Son coffret a été conçu par l’artiste marocain Yahya Rouach.
En 2015, le disque est vendu pour une somme annoncée à près de deux millions de dollars. Son acquéreur est Martin Shkreli, homme d’affaires américain qui deviendra tristement célèbre pour avoir augmenté de manière spectaculaire le prix d’un médicament.
Condamné par la suite pour fraude financière, Shkreli perd l’album, saisi par la justice américaine. En 2021, le collectif PleasrDAO le rachète pour quatre millions de dollars. La valeur du disque a doublé en quelques années, tandis que son exploitation commerciale reste interdite jusqu’en 2103 par une clause contractuelle.
Cette histoire aurait pu rester une curiosité de l’industrie musicale. Elle a pourtant attiré l’attention de Joanna Natasegara, une réalisatrice britannique récompensée aux Oscars. Et leur rencontre s’est produite au Maroc.
Dans un entretien publié le 14 octobre par le festival de Sundance, la cinéaste raconte avoir croisé Tarik par hasard pendant ses vacances dans le Royaume. Elle connaissait l’existence de cet album mystérieux, mais ignorait tout du rôle joué par le producteur néerlando-marocain. Son récit l’a immédiatement convaincue qu’il y avait matière à un film.
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Le documentaire, présenté en janvier au festival de Sundance, retrace aussi les controverses suscitées par le projet. Certains membres du Wu-Tang Clan ont mal vécu la commercialisation de leur travail sous cette forme, tandis que les fans ont longtemps été privés de la possibilité d’écouter l’album.
RZA, l’un des fondateurs du groupe et producteur exécutif du film, salue aujourd’hui le destin de Cilvaringz. Dans la présentation officielle publiée par Netflix le 12 octobre, il souligne combien il est rare qu’un admirateur parvienne à rejoindre ses idoles, puis à laisser une empreinte durable sur leur histoire. Le documentaire de Joanna Natasegara raconte précisément comment ce jeune homme de Tilburg a réussi cet improbable parcours.