Le blues de l’exil d’un musicien marocain

- 05h00 - Espagne - Ecrit par : Mohamed A.

Le musicien marocain Rachid B. présente son premier album ce samedi à Palma. Arrivé en Espagne il y a vingt-six ans, l’artiste de 50 ans y raconte en musique son douloureux parcours d’exil et son difficile chemin vers l’adaptation.

Révélation musicale de l’année passée, le chanteur originaire d’Asilah se produit à l’Estudi General Lul·lià pour dévoiler « El Ghorba ». Cet opus, dont le titre évoque l’éloignement, est intégralement interprété en darija. Dans une interview accordée au Diario de Mallorca, ce choix linguistique constitue un véritable « exercice de revendication » pour exprimer la nostalgie et l’envie viscérale de retrouver sa terre natale.

Sur Bladi.net : Avocat : un redoutable concurrent pour le Maroc

Son histoire avec la péninsule ibérique a débuté de manière fortuite. Venu initialement avec un visa artistique pour rejoindre une relation sentimentale, il s’installe à Madrid. Les débuts s’avèrent rudes dans cette métropole qu’il décrit comme une immense « jungle de ciment ». Le décalage immense entre les deux pays le laisse alors profondément abasourdi face à son nouvel environnement.

Plus d’un quart de siècle plus tard, la question de son assimilation reste complexe. Le musicien rejette d’ailleurs le terme d’intégration, qui donne l’impression d’être une simple pièce de puzzle, lui préférant la notion d’adaptation. Il confesse subir le syndrome classique de l’émigré, contraint de payer le prix d’un double déracinement permanent : « ici on ne te reconnaît pas, et là-bas non plus ».

Face aux craintes que suscite l’immigration en Espagne, l’artiste dénonce l’hypocrisie politique et rappelle le rôle vital des travailleurs étrangers dans l’agriculture, la construction ou le nettoyage urbain. Dans ce contexte de rejet constant, la musique représente pour lui un exutoire total, un lieu refuge qu’il considère désormais comme sa véritable « patrie personnelle ».

Sur Bladi.net : Le Maroc, futur pilier du flanc sud de l’Otan à la place de l’Espagne ?

Ce projet, né sans attente ni plan marketing, a touché le public par sa sincérité brute. Publié à cinquante ans avec l’aide de quelques amis du quartier madrilène d’Hortaleza, l’album s’est hissé parmi les dix meilleurs de 2025 selon la critique. Face à cette résonance inattendue, le musicien admet ressentir un certain vertige, tout en savourant cette mise en lumière de son héritage.