L’Espagne s’inquiète du poids politique des 900 000 Marocains du pays

- 12h00 - Espagne - Ecrit par : Jalil Laamoudi

Face à l’influence grandissante de la diaspora marocaine, l’Espagne s’inquiète d’une possible stratégie de lobbying politique. Avec près de 900 000 résidents, le Maroc déploie des programmes éducatifs et encourage une intégration politique ciblée au sein des institutions espagnoles.

Selon l’Observatoire permanent de l’immigration, l’Espagne comptait 896 076 résidents marocains en 2024, dont plus de 226 000 pour la seule Catalogne. Cette tendance démographique soulève des questions sur l’intégration à long terme d’une communauté dont le poids numérique ne cesse de croître dans toutes les strates de la société, s’inquiète La Regiòn.

Lire plus : Barcelone : le porc banni des menus dans toutes les crèches publiques

Des hommes politiques marocaines, notamment Enaam Mayara, encouragent d’ailleurs ouvertement cette diaspora à s’impliquer dans la vie politique locale. Membre de la direction du parti de l’Istiqlal, il exhorte les binationaux à devenir parlementaires en Espagne pour « défendre les intérêts de leur patrie chaque fois que cela sera nécessaire », notamment sur le dossier de Sebta et Melilla.

Cette stratégie vise à former des groupes de pression au sein de la scène politique espagnole capables de modifier les positions diplomatiques en faveur du Royaume. Le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, prépare d’ailleurs une « transformation qualitative » de la gestion de la diaspora, dont l’identité culturelle sera désormais sauvegardée.

Actuellement, 394 centres éducatifs en Espagne dispensent le Programme d’enseignement de la langue arabe et de la culture marocaine (PLACM). La Catalogne domine avec 125 centres, suivie de l’Andalousie et de Madrid. Ce dispositif, entièrement financé par Rabat, échappe pourtant à tout contrôle ou supervision de la part des autorités éducatives espagnoles.

Lire plus : « Le Maroc finira par récupérer Sebta et Melilla »

Les professeurs officiant dans ces établissements sont des fonctionnaires nommés et rémunérés par le Maroc. Leur mission, validée par l’ambassade du Maroc, est étroitement coordonnée par la Fondation Hassan II. Le rôle du ministère de l’Éducation espagnol se limite contractuellement à la simple mise à disposition des salles de classe.

  • Des professeurs marocains en Espagne

    Plus de 1 800 élèves apprennent la langue arabe et la culture marocaine dans 122 établissements scolaires de Catalogne cette année, dans le cadre d'un programme officiel mené en collaboration entre la Generalitat et le Royaume du Maroc.

  • Barcelone : le porc banni des menus dans toutes les crèches publiques

    La municipalité de Barcelone a banni le porc et ses dérivés des menus des crèches publiques pour des motifs culturels et religieux. Cette mesure, visant l'inclusivité, suscite une vive polémique politique menée par les partis de droite.

  • « Le Maroc finira par récupérer Sebta et Melilla »

    Le président de la Chambre des conseillers et membre du bureau exécutif de l'Istiqlal, Enaam Mayara, a déclaré vendredi que le Maroc finira par « récupérer les deux villes occupées de Sebta et Melilla », demandant aux Marocains résidant en Espagne de former un « lobby » pour aider à défendre la patrie.

  • Maroc : les propos d'Enaam Mayara sur Sebta et Melilla font toujours jaser

    Le président de la Chambre des conseillers (Sénat marocain) et membre du comité exécutif du parti Istiqlal, Enaam Mayara, a déclaré dimanche que Sebta et Melilla sont des « territoires occupés » et que le Maroc « finira par récupérer » ces deux villes autonomes. Des propos qui ont provoqué une certaine gêne aussi bien au Maroc qu'en Espagne.

  • En Espagne, on craint une nouvelle « Marche Verte » sur les Îles Canaries

    Le débat politique espagnol s'enflamme sur les questions de souveraineté. Aux îles Canaries, la formation de gauche radicale Podemos a lancé un avertissement alarmiste : en soutenant les politiques interventionnistes de Donald Trump, la droite espagnole fragiliserait la position de Madrid face aux revendications territoriales du Maroc.

  • La communauté marocaine en Espagne a presque triplé en dix ans

    La communauté marocaine en Espagne a augmenté de 136 % en dix ans, passant de 370 000 en 2003 à 872 759 en 2023. C'est ce que révèle un récent rapport de la Fondation Disenso, le think tank du parti Vox, réalisé sur la base des données de l'Institut national de la statistique (INE).

  • Espagne : Le cadeau de Madrid à 500 000 sans-papiers fait enrager l'Union européenne

    L'Union européenne a exprimé de sérieuses réserves concernant le projet de l'Espagne de régulariser près de 500 000 sans-papiers, redoutant une contradiction avec sa politique de fermeté migratoire et des mouvements secondaires au sein du bloc.

  • L'Espagne « déclassée » ? un journal dénonce la passivité de l'armée espagnole face au Maroc

    Drones israéliens, missiles américains et budget record : le Maroc mène une politique de défense ambitieuse. Ce plan global de réarmement bénéficie du soutien financier de l'Arabie saoudite et de l'expertise technique des États-Unis. Un nouveau statut militaire pour le Maroc qui interroge la passivité du gouvernement espagnol face à ces enjeux

  • Menaces de Trump sur l'Espagne : Le Maroc en embuscade pour récupérer les infrastructures logistiques US

    Le refus de l'Espagne d'autoriser l'usage de ses bases pour des frappes contre l'Iran provoque une crise majeure avec Washington. Dans ce bras de fer, le Maroc s'impose comme une alternative crédible pour accueillir les infrastructures militaires américaines en Méditerranée.

  • Espagne : 133 000 nouveaux Marocains en un an, mais un fossé éducatif pointé du doigt

    L'Espagne reste une terre d'accueil massive malgré une crise du logement qui asphyxie ses métropoles. Si Madrid et Barcelone voient leurs habitants fuir la vie chère, l'immigration étrangère explose, portée notamment par une forte communauté marocaine. Mais derrière ces chiffres records, le dernier rapport de l'INE soulève un constat cinglant sur le niveau de qualification des nouveaux arrivants.