Un fleuron aéronautique français se tourne vers le Maroc

- 10h00 - France - Ecrit par : Jalil Laamoudi

En grande difficulté financière et matérielle, le fleuron aéronautique Daher s’apprête à transférer une partie de sa production vers le Maroc. Une décision qui provoque la colère des syndicats, inquiets pour l’avenir industriel du site historique de Tarbes.

Le départ est déjà programmé pour 2027. Incapable de maintenir sa productivité face à l’obsolescence de son usine des Hautes-Pyrénées, l’équipementier a décidé d’exporter la fabrication liée aux Airbus A300 et A330. D’après les informations rapportées par La Dépêche, cette délocalisation vers le Maroc engloutira d’abord la conception des pièces élémentaires, avant d’absorber les opérations d’assemblage. Cette fuite de l’activité vers le royaume indigne le syndicat Force ouvrière (FO), qui dénonce le grand écart entre la stratégie de l’entreprise et les promesses gouvernementales de réindustrialisation de la France.

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Ce départ vers le Maroc trouve son origine dans le naufrage financier de la branche Daher Industries. L’année dernière, le site a accusé un déficit record de 25 millions d’euros, s’imposant comme le maillon le moins rentable d’Europe. Les représentants du personnel dénoncent une direction instable et un déficit chronique d’investissements. Les 1 800 salariés sont contraints de travailler avec un outil industriel dégradé, piloté par d’antiques logiciels Windows XP impossibles à réparer en cas de panne. Cette vétusté paralyse la cadence de travail : sur les 62 avions TBM commandés l’an passé, seulement 54 ont pu être livrés.

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Pour compenser la perte de ces chantiers civils partis au Maroc, la direction locale espère se tourner vers de lucratifs contrats militaires d’ici 2030. Un pari jugé très risqué par le syndicat, qui rappelle que ces futures missions exigeront de lourds investissements matériels, pour l’instant hors de portée des finances de l’entreprise. En observant cette sous-traitance à l’étranger s’accompagner de contrats historiques négociés à perte face à la hausse des coûts, Patrick Cazala, secrétaire général départemental de FO, tire la sonnette d’alarme. « On est en train de creuser notre tombe », fustige-t-il, redoutant un impact fatal à long terme pour les emplois de la région.