Guerre d’influence à Washington : Le Maroc dépense 10 fois plus que l’Espagne pour séduire l’Amérique

- 06h00 - Maroc - Ecrit par : Mohamed A.

Pour défendre leurs intérêts aux États-Unis, le Maroc et l’Espagne déploient des stratégies diamétralement opposées. Face à la diplomatie classique espagnole, Rabat investit massivement dans les groupes de pression américains pour appuyer ses objectifs économiques et géopolitiques.

Selon les registres de l’organisation Open Secrets analysés par El Independiente, le Maroc a consacré 58,9 millions de dollars sur la dernière décennie pour peser sur les décisions à Washington, contre seulement 6,9 millions pour l’Espagne. Rien qu’en 2025, Rabat a déboursé près de 3,5 millions de dollars, tandis que l’enveloppe espagnole se limitait à 588 590 dollars, provenant exclusivement du gouvernement catalan. L’investissement marocain le plus conséquent remonte à l’année 2020 avec 12,7 millions de dollars engagés par le groupe public OCP, spécialisé dans les phosphates, dépassant de très loin le record espagnol porté par l’Ifema en 2024.

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Ces financements s’intègrent dans une stratégie globale mêlant économie et politique internationale. À travers ses campagnes touristiques officielles, le Maroc promeut par exemple la ville de Dakhla, liant ainsi son attractivité à la question du Sahara occidental. Ces efforts auprès des décideurs américains ont culminé en 2020, année où les États-Unis ont reconnu les revendications marocaines sur ce territoire dans le cadre des accords incluant la normalisation des relations avec Israël. Le spécialiste Alejandro López explique que le système de financement électoral outre-Atlantique est particulièrement « enclin à ces dynamiques », rendant ces approches beaucoup plus fluides et moins controversées qu’en Europe.

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À l’inverse, l’Espagne préfère maintenir une approche institutionnelle. L’analyste Alejandro López décrit une « diplomatie plus classique », conçue pour préserver le statu quo et négocier les enjeux commerciaux ou migratoires sans recourir à la pression des lobbys. Une position soutenue par Akram Kharief, directeur du portail Mena Defense, qui estime que Madrid peut se le permettre grâce à une « diplomatie robuste et des positions internationales claires ». Selon lui, ces investissements massifs dans les groupes de pression américains constituent surtout un canal alternatif pour les États cherchant de nouveaux moyens d’asseoir leur influence mondiale.